CEMAC : la taxe communautaire d’intégration creuse les écarts

La situation actuelle au sein de communauté renvoie à des arriérés massifs accumulés par les Etats. Lesquels, loin de les solder, continuent d’afficher d’importants déficits sur de nouveaux exercices.

La Taxe communautaire d’intégration (TCI) devait être le socle de l’autonomie financière de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Au lieu de cela, Vingt-cinq ans après sa création, elle s’est muée en symptôme du malaise institutionnel qui traverse la Communauté. Et pour cause, sur les 51,9 milliards de FCFA attendus en 2025, à peine 31,1 milliards ont été effectivement recouvrés. Ce qui fait un taux de mobilisation de 59,9 %. Là où le torchon brûle c’est que cette même TCI fait l’objet d’une dette qui ne cesse de grossir. Les arriérés des Etats-membres de la CEMAC se chiffrent à ce jour à 263,382 milliards de FCFA. Soit précisément 23,5% pour la République centrafricaine, 22,8% pour le Cameroun, 19,8% pour le Congo, 18,7% pour le Tchad, 12,9% pour la Guinée Equatoriale
Prélevée en théorie à hauteur de 1 % sur les importations extracommunautaires, la TCI aurait dû financer, à parts égales, le fonctionnement des institutions communautaires et les projets intégrateurs portés par le FODEC. Loin s’en faut. Les défaillances des Etats dans le respect de leurs engagements ont conduit la CEMAC au bord du gouffre financier. L’institution communautaire fonctionne au ralenti faute d’argent. Dans une lettre signée le 5 février 2026, le président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o annonce la suspension provisoire de « toutes les activités et autres missions de la Commission », à l’exception de celles jugées « d’importance hautement stratégique ». Cette situation n’est pas soudaine, elle résulte de l’effondrement progressif de la TCI. Pour en donner un aperçu, le rapport général sur le fonctionnement et l’évolution de la Communauté 2025 affiche des écarts réels. Le Cameroun, tête de proue de l’intégration, affiche des performances en dent de scie ; avant un départ de 18 milliards de FCFA versés en 2018 et une arrivée en 2025 de 8,5 milliards de FCFA ; Cela après avoir connu des pics de 26 et 24 milliards de FCFA en 2022 et 2023. Pour ce qui est de la République centrafricaine, elle a roulé sur trois bilans de 0 FCFA en 2021, 2022 at 2025. Le Tchad, parti en2020 sur une contribution de 7,151 millions de FCFA, a connu trois exercices nuls avant de connaitre une embellie de 1,733 et 4,324 milliards de FCFA en 2024 et 2025. « Les ressources mobilisées en 2025 sont de 31.098.684.321 FCFA. Elles correspondent à 59,90% de la TCI attendue. La mobilisation présente des disparités selon le pays. Un pays (RCA) n’a pas du tout contribué au fonctionnement des organismes communautaires, trois (Congo, Guinée Équatoriale et Tchad) n’ont pas atteint le niveau des contributions égalitaires attendues, deux (Cameroun et Gabon) l’ont dépassé. », souligne ledit rapport.
Ce qui inquiète
Le taux moyen de collecte n’a jamais dépassé 45 à 55 % du potentiel théorique Sur la période 2020-2024. Courant 2024, alors que ce potentiel était estimé à 128,9 milliards de FCFA, les reversements réels n’ont atteint que 29 milliards, laissant filer près de cent milliards de FCFA de ressources qui n’ont jamais quitté les circuits nationaux. Toutes choses qui mettent à nu les vrais problèmes de l’intégration dans l’espace CEMAC. Notamment, le manque de volonté politique, la faiblesse des systèmes douaniers des Etats et l’absence de mise en œuvre du mécanisme autonome de recouvrement, entre autres. Des mesures ont pourtant été prises pour juguler la crise. En septembre 2025, la Conférence des chefs d’État, a exhorté les États à l’application du mécanisme de recouvrement. Le Conseil des ministres de l’UEAC est allé plus loin en actant la suppression des rétro-commissions versées aux agents des Trésors nationaux chargés de la liquidation de la taxe (un aveu implicite que le système avait, en partie, été détourné de son objet). Sur le terrain, une mission de dialogue est conduite par le vice-président de la Commission, Charles Assamba Ongodo, qui a déjà parcouru quatre des Etats-membres sur les six de la zone. Les résultats sont à la traine. Sur les six États membres, un seul a aujourd’hui déployé le mécanisme autonome à 90 % de son potentiel. Quatre liquident la taxe sans la reverser automatiquement. Un dernier n’a même pas encore engagé la réforme. Les conséquences dépassent la seule comptabilité budgétaire. Sur les 31 milliards recouvrés en 2025, la quasi-totalité a été aussitôt consommée, sans permettre de solder deux mois de salaires dus aux personnels des organismes communautaires.
Louise Nsana



