Riz : l’Afrique centrale consomme toujours plus, mais produit encore trop peu

Le riz s’impose progressivement comme l’un des principaux marqueurs de la transition alimentaire en Afrique centrale.

Longtemps relégué derrière les céréales et tubercules traditionnels, il est désormais au cœur des habitudes de consommation urbaines, au point de faire de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) la troisième sous-région importatrice du continent, derrière l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est.
Selon les données de Trade Map, les pays de la CEEAC ont importé en moyenne 1,66 million de tonnes de riz par an entre 2021 et 2025, pour une facture annuelle proche de 910 millions de dollars. Une dépendance qui reflète moins une explosion des importations qu’une demande intérieure en constante progression, alimentée par la croissance démographique, l’urbanisation et la recherche d’aliments faciles à préparer.
Le Cameroun demeure de loin le premier marché régional. Avec près de 760 000 tonnes importées chaque année, le pays couvre encore plus de la moitié de ses besoins par les achats extérieurs. La consommation atteint environ 25 kg par habitant et par an, un niveau désormais proche de la moyenne africaine. Dans les grandes villes, le riz s’est imposé comme un aliment du quotidien, apprécié pour son coût, sa disponibilité et sa facilité de préparation.
L’Angola affiche une dynamique encore plus marquée. Malgré son potentiel agricole, le pays importe près de 422 000 tonnes par an et dépend à près de 90 % des marchés extérieurs. Avec une consommation estimée à 40 kg par habitant, le riz rivalise désormais avec le maïs dans les habitudes alimentaires.
En République démocratique du Congo, les volumes importés atteignent 210 000 tonnes en moyenne chaque année. Si la consommation individuelle reste limitée, autour de 7 kg par habitant, la progression démographique laisse entrevoir une forte hausse des besoins dans les prochaines années. La République du Congo et le Gabon présentent un profil différent : la production locale y reste marginale tandis que la consommation, notamment en milieu urbain, progresse régulièrement. Au Gabon, elle atteint même 44 kg par habitant, l’un des niveaux les plus élevés d’Afrique centrale.
Conscients de cette dépendance, les États membres de la CEEAC ont validé en juin dernier à Libreville une Stratégie régionale de développement de la riziculture destinée à stimuler la production locale. L’enjeu dépasse la seule agriculture : il s’agit de réduire la vulnérabilité aux fluctuations des cours mondiaux, d’améliorer la sécurité alimentaire et de faire du riz un véritable levier d’intégration économique régionale. Car tant que la consommation progressera plus vite que les récoltes, l’Afrique centrale continuera d’importer ce qu’elle pourrait produire.
Ongoung Zong Bella



