Retour volontaire des réfugiés centrafricains : le Cameroun relance des opérations de rapatriement
La question était au centre de discussions entre les autorités nationales, la RCA et le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) ce 14 juillet 2026 à Yaoundé.

La commission tripartite Cameroun République centrafricaine HCR s’est réunie mardi, 14 juillet 2025, en vue d’établir les modalités de reprise des opérations de rapatriement volontaires des réfugiés camerounais vers leurs localités d’origine. Ce, conformément à l’accord convenu en 2019 entre les trois parties pour un retour dans la dignité, la sécurité et suivant un appui financier et matériel nécessaire à la réintégration de ces populations dans leurs régions d’origine.
L’encadrement inhérent a bénéficié à quelques 28 000 réfugiés centrafricains avant qu’une suspension n’intervienne en 2025. Le Cameroun souhaite voir les choses avancer selon le plan régional de solution 2024-2028 soutenu par HCR ; qui prévoit jusqu’à 300 000 retours, reflétant ainsi la stabilité croissante de la RCA. « La présente visite des autorités centrafricaines constitue donc une occasion idoine pour examiner certains écueils dans le processus et reprendre les opérations de rapatriement volontaire et sécurisé des réfugiés centrafricains, suivant un chronogramme arrêté de commun accord », a déclaré le ministre camerounais de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji.
Les écueils mentionnés renvoient à des difficultés de communication, d’identification des candidats au retour, ainsi que des questions de sécurité. Toutes choses qui motivent les requêtes de la Centrafrique en vue d’une prorogation du calendrier des départs. « Présentement, la République centrafricaine traverse des turbulences. Nous avons l’épidémie du choléra qui sévit à Bangui et ses environs. Nous avons aussi les attaques de groupes armés. Donc, nous sollicitons aujourd’hui un peu la bienveillance du gouvernement camerounais pour nous laisser un peu le temps de stabiliser ce qui se passe sur le territoire centrafricain et reprendre rapidement le processus du rapatriement », explique la ministre centrafricaine de l’Action humanitaire, de la Solidarité et de la Réconciliation nationale, Josiane Lina Bemaka-Soui.
D’autres sollicitations sont dans la foulée portées à l’attention du gouvernement camerounais. Elles sont relatives au nombre de personnes à retourner. « Quand les compatriotes rentrent, il nous est souvent très difficile de les tracer parce qu’ils rentrent en nombre. Et tout ça, nous allons discuter avec le gouvernement camerounais pour voir les chiffres, le nombre de ceux qui rentrent. Parce que quand ils rentrent beaucoup, la prise en charge est un peu difficile. C’est des prises en charge holistiques, que ce soit sur le plan santé, que ce soit sur tous les plans. C’est un peu difficile, mais nous travaillons vraiment pour que la réintégration socio-économique se passe très bien et que nos frères et sœurs se prennent en charge, qu’ils s’autonomisent, qu’on arrête un peu avec les assistances humanitaires à vie », souligne cette dernière.
Hors des micros
Le Cameroun accueilli plus de 412 521 réfugiés et 21 223 demandeurs d’asile depuis la survenue de la crise sécuritaire en RDC courant 2013. Dont 287 052 réfugiés centrafricains prioritairement installés dans les régions de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord, et 31 941 vivants en milieu urbain notamment à Yaoundé et Douala. Une hospitalité fortement saluée sur la scène internationale mais qui en filigrane induit de nombreuses pressions pour le pays. Les questions y relatives ont polarisé les discussions de Yaoundé le 14 juillet, a appris Journal Intégration. Des sources bien informées évoquent un poids économique mais aussi des risques sécuritaires. « Cette question n’est pas nouvelle en soi, certains chefs d’États avaient déjà interpellé le Cameroun sur les risques d’une hospitalité qui s’étend sur la durée. On a autour de nous un exemple au moins qui témoigne de ce que la fibre patriotique d’un individu reste même s’il est installé dans un autre pays. Et à la moindre occasion sa loyauté y va. Ce qui a déjà conduit à des troubles sous d’autres cieux », a-t-on appris. A la clôture des travaux mardi, les doléances dictées par le président centrafricain, Faustin Archange Touadera, ont toutes été portées par devant le Minat, Paul Atanga Nji. Ce dernier doit désormais s’en référer à sa hiérarchie pour la suite à donner. Toutefois, ce dernier « s’est montré catégorique sur la question du retour de tous ces réfugiés », confient des sources.
Louise Nsana



