Consommation du tabac : le fisc allume les fumeurs
Le gouvernement prépare une nouvelle bouffée de taxes sur les cigarettes. Il espère éteindre la flambée du tabagisme avant qu’elle ne consume davantage la santé publique.

La cigarette pourrait bientôt coûter plus cher au Cameroun. Non pas parce que le tabac serait devenu plus rare, mais parce que l’État envisage de renforcer la fiscalité sur ce produit afin d’en réduire la consommation. Derrière cette perspective se dessine une stratégie de santé publique qui mise sur une idée simple : lorsque le prix augmente, les fumeurs, surtout les plus jeunes, réfléchissent à deux fois avant d’allumer une cigarette.
Le débat prend de l’épaisseur alors que les maladies liées au tabagisme continuent de peser sur le système de santé. Cancers, maladies cardiovasculaires, accidents vasculaires cérébraux ou encore affections respiratoires chroniques représentent un coût humain considérable et des dépenses croissantes pour les finances publiques. Pour les autorités sanitaires, la fiscalité est désormais considérée comme l’un des leviers les plus efficaces pour freiner cette progression silencieuse.
Rappel
Au Cameroun, les produits du tabac sont actuellement soumis à un droit d’accise de 25 %, auquel s’ajoutent la TVA et les autres prélèvements fiscaux applicables. Pour de nombreux spécialistes de santé publique, ce niveau reste toutefois insuffisant pour produire un effet véritablement dissuasif. Les recommandations internationales plaident plutôt pour une taxation beaucoup plus élevée afin de réduire durablement la consommation, notamment chez les jeunes et les ménages les plus sensibles au prix.
Le principe est connu des économistes : plus un produit nocif devient cher, plus sa demande tend à diminuer. Plusieurs études menées à travers le monde montrent que les hausses de taxes sur le tabac entraînent une baisse du nombre de nouveaux fumeurs et encouragent certains consommateurs à réduire, voire à abandonner, leur consommation. « Le portefeuille est parfois un meilleur médecin que les campagnes d’affichage », résume avec une pointe d’ironie un spécialiste de la fiscalité de la santé.
Pour autant, le dossier ne fait pas l’unanimité. Les opérateurs de la filière redoutent une hausse de la contrebande et un développement du commerce illicite de cigarettes, un phénomène déjà observé dans plusieurs pays africains. Une augmentation de la fiscalité devra donc s’accompagner d’un renforcement des contrôles aux frontières, d’une meilleure traçabilité des produits et d’une lutte plus ferme contre les réseaux de fraude.
Au-delà des recettes fiscales supplémentaires, le gouvernement pourrait également utiliser une partie des ressources générées pour financer des campagnes de prévention, renforcer les structures de prise en charge des addictions et soutenir les programmes de sevrage tabagique. Une manière de faire en sorte que l’argent prélevé sur le tabac serve directement à réparer une partie des dommages qu’il provoque.
Le défi est aussi culturel. Au Cameroun, la cigarette reste encore associée, dans certains milieux, à une image de liberté, de virilité ou de réussite sociale. Faire évoluer ces représentations demandera du temps et des campagnes de sensibilisation soutenues. Car une taxe, aussi élevée soit-elle, ne remplace ni l’éducation ni la prévention.
Une chose est sûre : si la réforme se concrétise, les fumeurs devront s’habituer à une nouvelle réalité. Le nuage de fumée restera peut-être le même, mais son prix, lui, risque de s’élever. Et c’est précisément ce choc sur le portefeuille que les pouvoirs publics espèrent transformer en déclic sanitaire. Au fond, le pari est simple : rendre la cigarette moins accessible aujourd’hui pour éviter qu’elle ne coûte beaucoup plus cher à la société de demain.
Jean -René Meva’a Amougou



