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«La Nuit des longs couteaux» : Benjo Dilinger revient au-devant de la scène musicale

Le single de l’artiste d’origine camerounaise offre une observation profonde des batailles politiques autour du pouvoir.

Ne l’attendez pas sur les sentiers battus de l’amour. Du moins, pas dans la démarche commune contemporaine. Son intérêt ne s’y trouve pas. Il se trouve dans les grandes causes sociales. Comme mû par un désir de comprendre comment fonctionnent les machines gouvernementales, les appareils étatiques, les hommes dans leur environnement, les humains entre eux ; et enfin d’y placer des mots et des notes musicales. Un assemblage qui a très souvent pour effet, non de transporter l’âme vers une euphorie passagère, mais de nourrir l’esprit dans un apaisement méditatif. Benjo Dilinger en remet une couche avec son nouveau single La Nuit des longs couteaux, lequel est une incursion dans le labyrinthe politique du Cameroun. « Le palais dort, du moins en apparence. Quand le pouvoir parle bas, les ambitions, elles, parlent fort. Personne ne dit le mot succession, mais tout le monde y pense. Bienvenue dans la nuit des longs couteaux », entend-on clairement à l’écoute.

La voix est au centre ici. Les notes la suivent. Elle avance avec une intensité qui oscille entre adresse personnelle et déclaration publique. Elle porte une matière sensible, parfois rugueuse, à d’autres instants plus enveloppante ou même emballée, qui donne à ce rap sa colonne vertébrale. Le chant, ici, ne cherche pas seulement une virtuosité. Il affirme une posture. Non partisane, certainement, mais de celles qui ouvrent large le champ des possibilités, car ici chaque phrase est dénuée de jugement. Juste une constatation. Chaque inflexion ou reprise devient un point d’appui et chaque respiration, un moment de suspension. « Le trône est calme et les murs écoutent, sourires pourris, intentions en déroute. Devant les caméras, ils jurent loyauté; hors champ, ça complote en intensité. Ministre contre ministre, alliance fragile. Ça se serre les mains mais ça vise les cibles. Un simple dossier devient détonateur. Ici, la politique pulse comme un moteur, personne ne veut sortir et chacun sait déjà qui doit sauter. On parle de nation, d’unité, d’avenir, mais dans l’ombre, ça prépare le pire », entend-on. Et là, on le sait, le sujet sied à l’actualité politique au Cameroun, lequel pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans une incertitude en matière de composantes sociologiques du pouvoir politique.

L’intérêt du titre tient aussi à son rapport au corps. La rythmique invite à une écoute faite de balancement, d’adhésion et de reprise ; le tout, sans que la dimension dansante ne vide la chanson de sa densité. L’image d’illustration vient renforcer ce principe, en ne se contentant pas d’illustrer les paroles. Elle prépare l’esprit à la reconnaissance de la thématique et à l’adhésion au ton.
Ce qui demeure après écoute, c’est une impression de cohérence entre la voix, le beat et l’image. Les trois éléments avancent dans la même direction, construisant une identité reconnaissable, propre aux œuvres musicales de Benjo Dilinger. Et déjà expérimentée dans ses précédents singles Mon refuge, One Heart, Ave Maria, Rise Above.

Louise Nsana

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