Et si nous faisions enfin confiance en l’Afrique ?

L’évangile du dimanche 16 août 2026 portait sur la rencontre entre Jésus et une femme étrangère.

La Cananéene le suppliait de guérir sa fille tourmentée par un démon. « Ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens », répondit Jésus. Plus surprenant encore, il ajouta qu’il n’avait été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël.
Mais Jésus n’était-il pas venu annoncer un salut destiné à tous les peuples ? Lui, le Fils, serait-il moins ouvert que le Père qui, par la bouche du prophète Isaïe, promet de conduire à sa montagne sainte les étrangers qui se sont attachés à lui ? Serait-il donc sectaire, xénophobe ou fermé à celui qui n’appartient pas à son peuple ?
Évidemment non. Ses paroles ont ici une autre finalité: mettre la foi de cette femme à l’épreuve.
Jésus semble l’écarter, mais elle ne se laisse pas décourager. Il paraît lui fermer la porte, mais elle continue de frapper. Il lui adresse une parole dure, mais elle ne renonce pas. À l’humiliation apparente, elle répond par l’humilité. Au silence, elle répond par la persévérance. Au refus, elle oppose une confiance inébranlable. Elle croit tellement en Jésus qu’elle refuse de repartir sans avoir obtenu ce qu’elle est venue chercher.
C’est précisément cette foi qui finit par désarmer Jésus qui dira: « Femme, ta foi est grande. Que tout se passe pour toi comme tu le veux! »
La Cananéenne nous enseigne ainsi que croire, c’est continuer à croire lorsque les circonstances semblent nous donner toutes les raisons de désespérer. C’est tenir debout lorsque Dieu paraît silencieux. C’est refuser de jeter l’éponge lorsque le chemin devient difficile.
Cette attitude devrait nous interpeller en tant qu’Africains. Avons-nous la même confiance, la même persévérance, la même endurance que cette femme qui refusait de considérer le silence de Jésus comme une raison d’abandonner ?
Il est permis d’en douter lorsqu’on observe certains comportements. Beaucoup d’Africains continuent de penser que tout ce qui vient d’ailleurs est nécessairement meilleur que ce que nous produisons nous-mêmes. Nos diplômés partent chercher ailleurs la reconnaissance qu’ils ne pensent pas pouvoir obtenir chez eux. Nos jeunes rêvent massivement d’un avenir sur d’autres continents. Nos États importent des produits que nous pourrions fabriquer, alors même que nos terres, nos ressources naturelles et notre intelligence humaine nous donnent d’immenses possibilités.
Le problème de l’Afrique n’est donc pas seulement le manque d’infrastructures. Il est aussi, et peut-être surtout, un déficit de confiance en nous-mêmes. Nous avons tellement intériorisé les discours qui nous présentaient comme incapables, arriérés ou condamnés à dépendre des autres que nous finissons par les croire.
Pourtant, l’Histoire montre que les peuples qui avancent sont ceux qui croient en leurs capacités. La Cananéenne avait seulement une foi inébranlable. Elle savait ce qu’elle voulait et refusait d’abandonner. C’est cette détermination qui lui a permis d’obtenir ce qu’elle espérait.
L’Afrique aussi doit retrouver cette confiance. Cela ne signifie pas nier les difficultés du continent. Mais reconnaître nos difficultés ne doit jamais signifier renoncer à croire en notre avenir.
Nous devons surtout comprendre que Dieu ne fera pas à notre place ce que nous pouvons et devons faire nous-mêmes. Prier pour l’Afrique est nécessaire, mais prier ne dispense pas d’agir. Demander à Dieu le développement de nos pays tout en refusant de travailler à leur transformation serait une contradiction. Nous devons mettre la main à la pâte, comme la Cananéenne a mis toute sa confiance dans celui qu’elle implorait.
Dieu, qui veut que tous les hommes soient traités avec justice et respect, semble nous adresser aujourd’hui un appel simple et exigeant : « C’est le moment ou jamais de vous relever. Mettez fin à des siècles de domination, d’humiliation et d’exploitation. Croyez en moi, qui entends le cri du malheureux, mais croyez aussi en vous-mêmes et en l’Afrique. »
Croire en l’Afrique, ce n’est pas prétendre qu’elle est parfaite. C’est croire qu’elle peut changer. C’est croire que ses enfants peuvent construire des routes, des barrages, des hôpitaux, des universités, des industries et des technologies. C’est croire que nos agriculteurs peuvent nourrir nos populations, que nos ingénieurs peuvent transformer nos matières premières sur place, que nos chercheurs peuvent inventer et que notre jeunesse peut être une force de création plutôt qu’une simple réserve de main-d’œuvre pour les autres continents.
La Cananéenne enseigne finalement une chose essentielle : l’épreuve n’est pas nécessairement la fin de l’histoire. Tant que nous croyons, tant que nous travaillons, tant que nous persévérons, rien n’est définitivement perdu.
Alors, cessons de nous comporter comme un peuple condamné à attendre son salut des autres. Relevons-nous, travaillons, créons, produisons et construisons.
Jean-Claude Djéréké



