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Transparence budgétaire : Washington met le Cameroun face à son miroir comptable

Les progrès du pays salués, mais les entreprises publiques restent le maillon faible.

Le verdict américain est nuancé, mais il n’est pas anodin. Dans son 2026 Fiscal Transparency Report, le Département d’État américain reconnaît les avancées du Cameroun dans la publication des documents budgétaires et des données relatives à la dette. Mais il pointe, avec une précision de comptable, les zones encore grises : entreprises publiques, comptes hors budget et contrôle des finances publiques.

Sur le papier, le Cameroun a donc fait ses devoirs. Washington relève que le projet de budget, le budget adopté et le rapport de fin d’exercice sont publiés en ligne dans des délais jugés raisonnables. Les informations sur la dette sont également actualisées trimestriellement, y compris pour les entreprises publiques. Mais l’exercice s’arrête là où commencent les comptes des sociétés d’État. Les documents budgétaires ne détaillent toujours pas suffisamment les dotations qui leur sont accordées ni les revenus qu’elles génèrent. Et peu d’entre elles publient des états financiers.

Le risque derrière le rideau
Ce déficit d’information n’est pas une simple querelle de transparence administrative. Il touche au cœur de la crédibilité des finances publiques. Le FMI, dans sa consultation 2026 consacrée au Cameroun, estime que les entreprises publiques constituent une source importante de risques budgétaires. Leur dette atteindrait 4 549 milliards de FCFA, soit 13,8 % du PIB, avec environ les deux tiers concentrés sur cinq entreprises.

L’institution recommande notamment de renforcer la surveillance, d’améliorer la transmission des états financiers certifiés et de clarifier les relations financières entre l’État et les entreprises publiques. Autrement dit : savoir qui doit quoi à qui avant que le contribuable ne découvre l’addition.

Pour un expert de la gouvernance publique, cité dans Cameroon Tribune, l’enjeu dépasse d’ailleurs la publication de chiffres : une véritable transparence suppose une information « exhaustive et fiable » sur les activités passées, présentes et futures des entreprises publiques, afin d’éclairer les décisions de politique économique.

Le regard diplomatique
Dans les milieux diplomatiques occidentaux à Yaoundé, le sujet est observé avec une attention particulière. L’enjeu, explique-t-on, n’est pas de demander au Cameroun d’ouvrir tous ses livres comptables à la curiosité internationale, mais de rendre lisibles les engagements financiers susceptibles, directement ou indirectement, de peser sur l’État.
Le raisonnement est classique : plus les frontières entre budget, entreprises publiques, garanties souveraines et comptes extrabudgétaires sont difficiles à suivre, plus l’évaluation du risque devient incertaine pour les partenaires et les investisseurs. Cette préoccupation rejoint d’ailleurs celle du FMI, qui insiste sur la nécessité de mieux documenter les flux financiers entre l’État et les entreprises publiques.

Washington relève également l’existence de comptes hors budget insuffisamment soumis à l’audit et au contrôle. Le Département d’État recommande leur suppression ou leur intégration dans des mécanismes de contrôle adéquats.
Le paradoxe camerounais est donc désormais clairement posé : l’information budgétaire progresse, mais la transparence de l’écosystème financier de l’État reste incomplète. Le chantier n’est plus seulement de publier davantage. Il consiste à relier les chiffres, à suivre les flux et à rendre les responsabilités vérifiables.

Pour les investisseurs, les bailleurs et les agences de notation, cette évolution est loin d’être secondaire. Une économie peut supporter une dette élevée ; elle supporte beaucoup moins bien une dette dont une partie demeure difficile à lire. À Yaoundé, le prochain exercice de transparence pourrait ainsi se jouer moins dans les colonnes du budget que dans celles, encore trop discrètes, des entreprises publiques.

Rémy Biniou

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