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Yaoundé : Essos entre dans le gotha des quartiers difficiles

Longtemps connue pour ses commerces, ses embouteillages et son agitation ordinaire, cette partie de la capitale vient de faire une entrée fracassante dans le gotha de l’insécurité. Une concession barricadée, 18 enfants retrouvés et des familles en larmes : il n’en fallait pas davantage pour que le quartier change brutalement de réputation.

Essos avait déjà ses petites nuisances : motos pressées, circulation à l’aveugle, vendeurs qui disputent quelques mètres de trottoir et automobilistes transformés en spécialistes du slalom. Mais de là à imaginer que le quartier pouvait abriter une affaire impliquant des enfants, il y avait un pas que les habitants n’avaient manifestement pas prévu de franchir.
Le 2 septembre 2026, ce pas a été franchi. Dans une concession située à la « Rue des pavés », les forces de maintien de l’ordre ont retrouvé 18 mineurs, après l’alerte donnée, selon des témoignages, par une jeune fille qui aurait demandé de l’aide. La population, déjà mobilisée, avait forcé un pan du mur avant l’intervention des forces de sécurité.

Depuis, le quartier ne regarde plus certaines façades de la même manière. Une maison discrète, souvent fermée en journée, est devenue le décor d’une affaire qui alimente les interrogations. Des riverains évoquent des mouvements nocturnes de véhicules et de motos. D’autres racontent les rumeurs qui circulaient depuis longtemps. Mais, dans cette histoire, il faudra laisser l’enquête distinguer les faits des racontars. À Essos comme ailleurs, la rumeur court toujours plus vite que la police.
Pendant ce temps, les familles cherchent leurs enfants. Une mère venue au commissariat d’Ekounou puis à Terminus Mimboman avant de revenir sur les lieux brandissait la photographie de sa fille disparue depuis un an. Les larmes, elles, ne connaissent ni procédure judiciaire ni délai d’enquête.

Le ministère des Affaires sociales a assuré que les 18 enfants retrouvés étaient pris en charge et que les administrations compétentes travaillaient à leur sécurisation et à leur accompagnement psychosocial. Une enquête est ouverte pour établir les circonstances exactes de leur présence dans cette concession et déterminer les responsabilités.

« Nouvel Essos »
Essos découvre ainsi une nouvelle réalité de la capitale : les quartiers difficiles ne sont plus seulement ceux que l’on désigne traditionnellement du doigt. Ils peuvent surgir là où l’on ne les attend pas, au détour d’une rue familière, derrière une porte ordinaire.

Dans le grand palmarès officieux de Yaoundé, où certains quartiers traînent depuis longtemps une réputation sulfureuse, Essos vient donc de décrocher une place de choix. Pas de médaille, pas de trophée, encore moins de quoi pavoiser. Seulement une réputation dont le quartier se serait volontiers passé. Car lorsqu’un quartier entre dans le gotha de l’insécurité, ce n’est pas son prestige qui monte : c’est l’inquiétude qui grimpe.

Olivier Mbessité

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