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Yaoundé : l’uniforme sous le regard de Dieu

Dans la capitale, la tenue militaire a quitté un instant les casernes pour entrer dans la cathédrale : le temps d’une messe, les hommes et femmes en tenue ont déposé leurs armes au pied de l’autel pour rappeler que servir la nation, c’est aussi apprendre à marcher sous le commandement de Dieu.

Des hommes, des uniformes et des galons dans la maison de Dieu

Il y avait, ce dimanche 6 septembre 2026, quelque chose de singulier dans l’atmosphère de la Cathédrale Notre-Dame des Victoires de Yaoundé. Les uniformes, d’ordinaire associés au commandement, à la discipline et à la vigilance, semblaient soudain porter une autre signification. Ils étaient devenus les habits d’une prière. Pour sa deuxième édition, la Journée de l’Homme en tenue a choisi de placer la mission des forces de défense et de sécurité sous le signe de l’espérance : « Homme en tenue, pèlerin d’espérance au service de la paix, de la justice et de la nation ». Une formule qui dit beaucoup plus qu’un simple thème liturgique. Elle rappelle que l’uniforme n’est pas seulement un tissu, un grade ou un insigne. Il est une responsabilité portée sur les épaules, parfois au prix du courage, du renoncement et du sacrifice. La conférence consacrée à la mission et aux défis des hommes et femmes en tenue, en présence de plusieurs membres du Gouvernement, dont le ministre de la Défense, ainsi que de nombreuses autorités civiles, militaires, religieuses et administratives, a donné le ton. Dans une nation où la paix n’est jamais une évidence, celui qui porte l’uniforme porte aussi une part de la fragilité collective. Il protège des vies, mais il doit également préserver la confiance. Il fait respecter la loi, mais doit lui-même rester soumis à cette même loi. Il exerce l’autorité, mais ne doit jamais oublier que toute autorité véritable trouve sa limite dans la dignité humaine.

Discipline

Puis vint la messe. Présidée par Mgr Jean Mbarga, Archevêque de Yaoundé, et concélébrée par Mgr Ndi Okala et Mgr Emmanuel Dassi, elle a transformé la cathédrale en un vaste espace de rencontre entre le devoir terrestre et l’exigence spirituelle. Dans son homélie, Mgr Jean Mbarga a livré aux hommes et femmes en tenue une image simple, presque évidente, mais profondément exigeante : celle de la discipline militaire transposée dans la vie de foi. Dans les rangs, chaque geste compte, chaque consigne engage, chaque absence de vigilance peut fragiliser l’ensemble. La foi, elle aussi, demande cette constance. Elle ne saurait être une tenue de cérémonie que l’on revêt le dimanche avant de la déposer à la sortie de l’église. Elle suppose fidélité, rectitude, maîtrise de soi et sens du devoir. Le militaire sait que l’ordre n’est pas une affaire de bruit, mais de cohérence. Il avance parce qu’il sait où il va et pourquoi il marche. Le croyant, lui aussi, est appelé à marcher, même lorsque le chemin traverse les incertitudes, les blessures ou les nuits de la société. Ainsi, derrière les uniformes impeccablement alignés, c’est une autre bataille qui semblait se dessiner : celle de l’homme contre ses propres faiblesses, celle du devoir contre la tentation de l’abus, celle du service contre la recherche du pouvoir. Car la véritable force n’est peut-être pas celle qui impressionne, mais celle qui sait se maîtriser. L’autorité n’est pleinement respectable que lorsqu’elle demeure au service de l’homme.

Service

Le moment des honneurs militaires, exécutés avec maestria au cœur même de la cathédrale, a donné à la célébration une intensité particulière. Le cérémonial, avec sa précision presque chorégraphique, semblait faire dialoguer deux univers que l’on imagine parfois éloignés : celui de la rigueur militaire et celui du silence religieux. Pourtant, l’un et l’autre se retrouvaient autour d’une même exigence : servir. Servir la paix, servir la justice, servir la nation, mais aussi servir la vie. Dans ce sanctuaire où l’on vient chercher la lumière, les forces de défense et de sécurité ont été invitées à se souvenir que la mission ne se mesure pas uniquement aux victoires remportées sur le terrain. Elle se mesure aussi aux vies épargnées, aux violences évitées, aux injustices refusées et à la confiance préservée. La forte mobilisation des forces de défense et de sécurité, particulièrement de la Police camerounaise, a donné à cette deuxième édition la dimension d’un rassemblement qui dépasse le simple cérémonial. Elle a rappelé que derrière chaque uniforme se trouve un homme ou une femme confronté aux mêmes doutes, aux mêmes fragilités et aux mêmes espérances que les autres citoyens. Peut-être est-ce là le sens le plus profond de cette journée : réconcilier l’uniforme avec l’humain, l’autorité avec l’humilité, la force avec la compassion. Car un pays ne se protège pas seulement avec des armes et des stratégies. Il se protège aussi avec une conscience. Et lorsque l’homme en tenue devient pèlerin d’espérance, son uniforme cesse d’être seulement le symbole de la puissance : il devient le signe visible d’une promesse, celle de mettre la force au service de la paix.

Rémy Biniou

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