Prévention du suicide : Yaoundé se met en mouvement pour la vie

À la faveur de la Journée mondiale de prévention du suicide, l’Association camerounaise de prévention et de lutte contre le suicide (ACPLS) a choisi une arme aussi simple qu’universelle : marcher. Une manière élégante de rappeler que, face à la détresse, le silence n’est jamais une thérapie.

Samedi 5 septembre, Yaoundé s’est offert une parenthèse d’un genre particulier. Pas de tapis rouge, pas de discours fleuve, encore moins de grand cérémonial protocolaire. Des baskets, des tee-shirts, des visages déterminés et une cause qui, elle, ne se prête guère aux mondanités : la vie.
À l’initiative de l’Association camerounaise de prévention et de lutte contre le suicide (ACPLS), une « Marche sportive pour la Vie » a réuni de nombreux participants dans la capitale. Une procession sans tristesse ostentatoire, mais avec une conviction assumée : parler du suicide, c’est déjà commencer à lui retirer une partie de son pouvoir.
Car au Cameroun, comme ailleurs, le sujet reste enveloppé d’un voile épais. On préfère souvent détourner le regard, changer de conversation ou invoquer quelques explications toutes faites. La souffrance psychique, elle, attend patiemment son tour dans les salons, les familles, les bureaux et les chambres d’étudiants. On soigne volontiers les blessures que l’on peut montrer ; celles qui se cachent derrière un sourire sont priées de patienter.
La marche de l’ACPLS entend précisément fissurer cette indifférence. Derrière l’effort physique, il y avait donc un message autrement plus profond : écouter, repérer, accompagner et orienter peuvent sauver une vie.
Impact
Le rendez-vous prend une autre dimension ce 10 septembre, date de la Journée mondiale de prévention du suicide. L’association prévoit une formation de « sentinelles » en prévention du suicide. Leur mission sera essentielle : apprendre à détecter les signes de détresse, accueillir la parole sans jugement et orienter les personnes concernées vers une aide appropriée. Une idée presque révolutionnaire dans une société où l’on demande encore trop souvent à celui qui va mal de « tenir bon ». Comme si la détresse était une faiblesse de caractère et non une souffrance nécessitant parfois une véritable prise en charge.
La prévention du suicide ne relève pourtant ni de la magie ni des bonnes intentions. Elle commence par une conversation, un regard attentif, une présence. Elle exige aussi de déconstruire les préjugés et d’accepter enfin que la santé mentale mérite la même considération que la santé physique.
Samedi, les marcheurs de Yaoundé n’ont donc pas seulement parcouru quelques kilomètres. Ils ont fait quelque chose de plus précieux : ils ont remis la vie au centre du débat. Et dans un monde où l’on court beaucoup après les performances, les titres et les apparences, il n’est peut-être pas inutile de rappeler cette élégante évidence : parfois, la plus belle victoire consiste simplement à aider quelqu’un à continuer d’avancer.
Bobo Ousmanou



