Téléphones bloqués: la douane montre ses muscles, le citoyen paie la facture

Une semaine après l’entrée en vigueur du blocage des téléphones non dédouanés, l’administration douanière revendique déjà plus de 1 000 appareils suspendus et 1,8 milliard de FCFA de recettes collectées.

Depuis le 1er septembre, les téléphones dont les droits de douane n’ont pas été acquittés peuvent être bloqués dès leur connexion au réseau. Le dispositif repose sur l’identification de l’IMEI de chaque appareil et son croisement avec les bases de données douanières. « L’objectif n’est pas de sanctionner les citoyens, mais de garantir que les téléphones importés respectent les obligations fiscales prévues par la loi. Nous avons déjà enregistré plus de 386 000 déclarations et les recettes générées profitent au Trésor public », commente un agent des Douanes qui a requis l’anonymat. Le ministère des Finances présente ainsi la réforme comme un outil de lutte contre la fraude et de formalisation du marché.
Le discours est tout autre chez les consommateurs. À Yaoundé, Ismaël Ganava, un jeune commerçant qui a acheté un téléphone de seconde main il y a plusieurs mois, ne cache pas son inquiétude : « Quand j’ai acheté l’appareil, personne ne m’a parlé de dédouanement. Aujourd’hui, on me demande de payer pour continuer à l’utiliser. C’est nous qui supportons les conséquences ». La tenancière du débit de boisson dans lequel plusieurs jeunes partagent un verre a le même sentiment : « Le téléphone est devenu indispensable pour travailler, envoyer de l’argent ou communiquer avec la famille. Le blocage pénalise d’abord l’utilisateur final ». Pour de nombreux ménages, même des montants jugés modestes peuvent représenter une charge supplémentaire dans un contexte économique déjà difficile.
Dans les marchés spécialisés, certains commerçants affirment que la mesure bouleverse déjà les habitudes d’achat. « Les clients nous demandent désormais des preuves de dédouanement avant de conclure une vente », explique Tchapi, revendeur de téléphones à l’avenue Kennedy à Yaoundé. Selon lui, le problème ne date pourtant pas d’hier. « Pendant des années, des appareils ont circulé librement. Aujourd’hui, le contrôle arrive au niveau de l’utilisateur alors que la question devrait peut-être être réglée dès l’importation.»
Pour Charles Eyoum, économiste interrogé sur la réforme, le mécanisme illustre la capacité de l’État à utiliser les nouvelles technologies pour améliorer le recouvrement fiscal. « Le croisement des données télécoms et douanières est un outil particulièrement efficace. Mais la question est de savoir qui supporte réellement le coût de cette efficacité ». L’expert estime également que la mesure ne répond pas entièrement à la problématique de la contrebande. « On s’attaque au produit déjà entre les mains du consommateur. Le débat sur les circuits d’importation et les responsabilités des différents acteurs reste ouvert ». Les autorités camerounaises invitent les citoyens à vérifier l’origine de leur téléphone et à régulariser leur situation en cas de besoin. Pour la Douane, il s’agit d’une étape nécessaire vers une meilleure traçabilité des appareils. Une semaine après son entrée en vigueur, le blocage des téléphones non dédouanés produit déjà des résultats financiers mesurables pour l’État.
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