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Démission au MRC : une mue stratégique face aux manœuvres du système Biya

La démission de Maurice Kamto et de Mamadou Mota de la direction du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) ne serait pas un renoncement politique, mais une tentative de survie organisationnelle. Pour de nombreux camerounais, les deux dirigeants auraient choisi de s’effacer afin de protéger leur parti d’un processus d’asphyxie progressive attribué au pouvoir en place.

Mota-Kamto, les démissionnaires du Directoire

À l’approche des élections législatives et municipales, le MRC se trouve engagé dans une délicate opération de réinvention, sous la menace permanente d’un environnement institutionnel jugé défavorable à l’opposition. Pour Janvier, responsable local du parti dans le Mfoundi, cette double démission doit être comprise comme un acte de sacrifice politique. « Beaucoup de gens pensent que Kamto abandonne le combat. C’est tout le contraire. Il se retire de la position qui cristallise les attaques afin que le parti continue à vivre. Aujourd’hui, l’objectif n’est plus de protéger des individus, mais de protéger l’outil politique ». Du côté des militants, les sentiments oscillent entre admiration et inquiétude. « Nous comprenons la logique de la démarche, mais nous savons aussi que le MRC est fortement associé à la personnalité de Maurice Kamto. La question est de savoir si le parti pourra conserver la même force de mobilisation sans lui à sa tête », confie Kuété Jospin, militant de Yaoundé.

Pour plusieurs observateurs, le problème dépasse désormais le seul cas du MRC. Il pose la question du rapport entre administration et compétition politique au Cameroun. Le politique Waldé Enoc estime que cette situation révèle une faiblesse structurelle du système partisan. « Lorsqu’un parti est contraint de modifier son organisation non pas pour des raisons idéologiques ou stratégiques internes, mais pour répondre à des contraintes administratives, cela traduit un dysfonctionnement du jeu démocratique ». Du côté du pouvoir, les partisans de la ligne gouvernementale rejettent cependant l’idée d’un acharnement contre le MRC. Pour eux, les règles applicables aux partis politiques s’imposent à tous et les difficultés rencontrées par le parti relèvent essentiellement de la conformité de ses procédures internes.

Mais cette lecture peine à convaincre une partie de l’opposition. « Depuis plusieurs années, les dirigeants du MRC ont le sentiment de jouer une partie dont les règles changent constamment. Chaque fois qu’ils pensent avoir sécurisé une position, une nouvelle interprétation réglementaire vient rebattre les cartes », observe l’universitaire.

Le rendez-vous d’octobre
La Convention nationale extraordinaire prévue à Yaoundé est désormais perçue comme le véritable tournant de cette séquence. Les délégués devront non seulement désigner une nouvelle direction, mais également envoyer un signal fort à une base militante qui cherche des repères. Pour les cadres du parti, l’enjeu est clair. « Le défi est de démontrer que le MRC n’est pas Maurice Kamto, même si Maurice Kamto reste une figure centrale de son histoire. Si nous échouons à faire cette démonstration, alors ceux qui veulent nous réduire à un parti de circonstance auront gagné », commente Janvier. Cette transition pourrait également marquer l’émergence d’une nouvelle génération de responsables politiques. « Le parti doit apprendre à fonctionner avec plusieurs visages, plusieurs porte-parole et plusieurs centres de décision. C’est peut-être la seule façon de résister durablement », estime ce cadre de l’opposition.

À mesure que l’émotion suscitée par les démissions retombe, une conviction semble s’imposer chez nombre d’observateurs : le départ de Maurice Kamto et de Mamadou Mota n’est probablement pas la fin d’un cycle politique, mais l’ouverture d’un nouveau rapport de force. Reste à savoir si cette mue permettra réellement au MRC d’échapper à ce que ses partisans considèrent comme une stratégie d’asphyxie politique, ou si elle constituera l’ultime étape d’un processus d’affaiblissement plus profond. Comme le résume l’observateur à l’origine de cette lecture : « le véritable enjeu n’est plus seulement Kamto. Le véritable enjeu est de savoir si un parti d’opposition peut encore se transformer, se renouveler et concourir librement dans le système politique camerounais actuel».

Tom

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