Climat des affaires : moins de palabres, plus d’actes
Le nouveau Conseil du Secteur Privé veut transformer le dialogue public-privé en réformes concrètes. Les entrepreneurs, eux, connaissent déjà la liste des travaux.

À Douala, le 8 septembre, le Cameroun a donc sorti une nouvelle table de réunion pour parler du climat des affaires. Autour : pouvoirs publics, entrepreneurs et Société financière internationale (IFC). Objectif affiché : faire du Conseil du Secteur Privé une passerelle entre les entreprises et l’État, avec une feuille de route et un mécanisme de suivi-évaluation. L’intention est louable. Mais le secteur privé a déjà beaucoup dialogué, parfois jusqu’à l’épuisement des chaises. Formalités administratives, fiscalité, financement, énergie, infrastructures, réglementation : les irritants sont connus. Le véritable sujet n’est donc plus de les découvrir, mais de les faire disparaître. À force de diagnostics, le malade commence à connaître son dossier par cœur.
Entreprises
C’est précisément ce que rappelle la parole patronale. Célestin Tawamba, président du GECAM, ne réclame pas un nouveau concours d’éloquence : il insiste sur la nécessité d’un dialogue orienté vers des solutions concrètes et rappelle que le patronat n’a pas vocation à applaudir lorsque les entreprises rencontrent des difficultés. Son message tient en une équation assez simple : l’entreprise doit pouvoir produire pour investir, employer et payer ses impôts. Sur le terrain, le climat des affaires se mesure d’ailleurs avec des instruments beaucoup moins diplomatiques qu’un communiqué : une facture d’électricité, le coût d’un crédit, un délai d’autorisation, une cargaison bloquée ou une règle qui change en cours de route. Pour l’entrepreneur, le climat n’est pas une météo que l’on commente ; c’est un coût que l’on paie.
Réformes
Le Conseil arrive ainsi devant un paradoxe bien camerounais : beaucoup de structures pour améliorer le climat des affaires, mais toujours autant de raisons pour les entreprises de demander qu’on accélère. L’IFC a déjà documenté plusieurs obstacles, notamment le poids des procédures administratives et le besoin de davantage de prévisibilité réglementaire. Le nouveau dispositif entend cibler des secteurs à fort potentiel, notamment l’agro-industrie, l’énergie et les infrastructures. Très bien. Mais une feuille de route ne vaut que par les kilomètres effectivement parcourus. Il faudra donc des responsables identifiés, des échéances, des indicateurs et, surtout, quelqu’un pour venir demander pourquoi une réforme annoncée n’a pas été exécutée. Sinon, le suivi-évaluation risque de devenir le suivi sans évaluation, cette spécialité administrative où tout le monde suit et personne ne sait vraiment où l’on va.
Résultats
L’enjeu est d’autant plus important que l’IFC n’est pas un simple spectateur. L’institution finance déjà des projets au Cameroun dans plusieurs secteurs et veut accroître son soutien à l’investissement privé. Le Conseil peut donc devenir un point de jonction entre les difficultés signalées par les entreprises et les solutions financières ou réglementaires susceptibles de les lever. Mais là encore, les entrepreneurs regarderont moins les intentions que les effets. Une PME qui obtient plus vite son financement, un industriel qui réduit ses pertes liées à l’énergie, un investisseur qui dispose enfin de règles prévisibles : voilà des indicateurs qui parlent mieux que dix tables rondes. Le patronat n’a d’ailleurs aucune raison de cacher ses exigences : comme le rappelle Tawamba, personne ne peut durablement payer des impôts s’il perd de l’argent. L’économie, décidément, a cette mauvaise habitude de ramener les grands discours à la caisse.
Preuves
Le nouveau Conseil aura donc un test assez peu protocolaire. Il ne sera pas jugé au nombre de réunions, de participants ou de recommandations, mais au nombre de blocages levés. Moins de procédures. Moins de délais. Moins d’incertitudes. Plus de financement, de production, d’investissement et d’emplois. Le Cameroun n’a pas besoin d’une nouvelle enceinte où l’on explique pourquoi les entreprises ont des problèmes ; il a besoin d’un endroit où ces problèmes trouvent une sortie. Moins de palabres, plus d’actes : la formule paraît presque banale. Elle pourrait pourtant devenir la meilleure définition du nouveau Conseil. Car, pour une entreprise, le meilleur climat des affaires n’est pas celui dont on parle le plus. C’est celui qui lui coûte le moins.
Ongoung Zong Bella



