Déroulement des obsèques en pays Beti : le rôle clé de l’Issoack (le conclave)

Il se déroule deux fois: la nuit puis en journée juste avant l’enterrement.

En pays Beti du Cameroun, le conclave lors des obsèques constitue le moment de concertation restreint appelé “Issoack”. Cette réunion secrète traite les causes de la mort. Les débats sont dirigés par le patriarche ou le Zomlo’o (grand prêtre traditionnel ou maître des rites). Le but ici est de statuer sur la dimension mystique ou familiale de la mort. C’est ce qui détermine la réponse que le Zomlo’o donnera à l’assistance (Ndon Awu).
Cette phase des obsèques commence lors de la grande veillée. C’est un conclave nocturne (Issoack Alou), auquel seul les membres de la famille assistant. « Seule la famille proche du défunt et le lignage y prennent part. Cette rencontre se tient dans une maison où une brousse, un huis clos total. Cette phase qui peut être considérée comme le préambule est en réalité le moment où les responsabilités des uns et des autres sont établies », révèle sa majesté Amougou Manga, chef du village Nkol-Meyang II (Nkolafamba). Le monarque et patriarche renseigne également que « Issoack Alou » est de loin plus significatif que celui de la journée. C’est ici que le Zomlo’o invite les uns et les autres à prendre la parole afin de dire les choses les plus intimes, les plus révélatrice, « on se dit toutes les vérités ».
Pour le Zomlo’o Owoundi Anicet du village Toutouli dans le 4e arrondissement de Yaoundé, « Issoack Amoss » le conclave de la journée, est beaucoup plus protocolaire. « Ici, tout le monde peut prendre part aux assises. Quand il y a le Nsili Awu, le Mbi Ntum sait déjà à quoi s’attendre. Il faut donc broder quelques choses de symbolique », révèle-t-il. Il évoque même la dimension spirituelle, « vous savez que les Beti plus spécifiquement les Bene, traitent certaines questions quand il n’y a pas le soleil. On agit en journée uniquement pour mettre en œuvre les résolutions de la nuit ». Parmi ces résolutions l’on désigne le successeur du défunt si celui-ci est un homme. C’est aussi au cours de ce conclave que l’on donne la sentence du conjoint restant.
De nos jours, l’Issoack est un temps fort illustrant l’autorité des chefs de famille et des garants des coutumes face à l’intrusion des rites chrétiens lors des deuils, « les prêtres et les pasteurs ont toujours tendance à vouloir marginaliser nos traditions en mettant en avant, de manière exclusive, la Bible comme le seul référentiel lors des obsèques. Mais il convient de dire que certaines obédiences religieuses comme les catholiques laissent une marge de manœuvre à la tradition Beti », déclare Zambo Zambo Damien, chef de famille.
André Gromyko Balla



