Ngondo 2026 : le grand réveil Sawa gagne Yaoundé
À quelques mois du grand rendez-vous de décembre à Douala, le président en exercice du Ngondo, Sa Majesté Gaston Epée Mbodi, a fait escale à Yaoundé pour renouer le fil avec la communauté Sawa de la capitale.

Du 15 au 17 septembre 2026, Yaoundé a pris quelques airs du bord du Wouri. Sa Majesté Gaston Epée Mbodi, Chef supérieur du canton Bassa-Wouri et président en exercice du Ngondo, y a conduit une délégation venue rencontrer les Sawa de la capitale politique. Au menu : échanges, proximité et préparation du grand rendez-vous de décembre à Douala. Car le Ngondo, même lorsqu’il se célèbre au bord du fleuve, voyage avec son peuple. À Yaoundé, Douala, ailleurs au Cameroun ou dans la diaspora, les Sawa emportent avec eux une histoire, des langues, des rites et une manière de faire vivre le lien. La visite, saluée par la communauté Sawa de Yaoundé, marque surtout le retour d’une présence qui s’était faite rare.
Yaoundé connaît pourtant déjà le parfum du Ngondo. Selon Henri Manga, les premières rencontres destinées à organiser l’événement dans la capitale remontent à 1998. Cette année-là, la communauté Sawa avait défilé de Mvog-Ada jusqu’au lac municipal, en passant par le boulevard du 20-Mai, en pagnes et kaba, sous les auspices de Douala René Manga Bell, alors président du Ngondo, avec à ses côtés Assira, nouvelle reine des Ewondo. Le littoral venait ainsi saluer la capitale. D’autres éditions suivront : en 2003 au Palais des Congrès, sous la présidence de Claude Essaka Ekwalla ; en 2006 sur l’esplanade du Musée national ; puis en 2010 au Palais des Sports. Depuis, le fil s’était quelque peu distendu.
Mémoire
« Depuis 2010, le cordon ombilical, cette connexion particulière qui liait le Ngondo à sa représentation à Yaoundé était fragile, sporadique, instable, il est temps de rétablir cette connexion gagnante, ce vital cordon ombilical », exhorte Henri Manga. Une métaphore qui résume l’ambition de cette visite : renouer les communautés sans diluer leur identité. Les pionniers du Ngondo à Yaoundé avaient d’ailleurs veillé à préserver la frontière entre célébration culturelle et intimité du sacré. « Il n’était pas question de banaliser le Ngondo en divulguant les aspects les plus sacrés », rappelle Henri Manga. Le patrimoine culturel du Sawaland, ses costumes, ses danses, sa gastronomie et ses savoir-faire suffisaient déjà à faire voyager la capitale.
« Éveil »
Le message de Sa Majesté Gaston Epée Mbodi s’inscrit dans cette volonté de reconnexion. « Nous avons voulu retrouver ceux qui vivent à Yaoundé, échanger avec eux et partager un moment de proximité autour de ce qui nous unit. Le Ngondo vit à travers ses hommes et femmes partout où ils se trouvent demeurent attachés à leur histoire, à leur culture, à leur peuple », explique-t-il. Le thème du Ngondo 2026, « Epene », qui signifie « l’Éveil », donne à cette démarche une résonance particulière. Rester éveillé, regarder son époque avec lucidité, anticiper les changements et saisir les opportunités : la tradition n’est donc pas ici une vieille photographie jaunie, mais une boussole pour le présent. « Nous devons renforcer les passerelles qui permettent à ceux qui vivent loin de nos cantons de continuer à participer à la vie du peuple Sawa », souligne le président en exercice.
Depuis 2024, le Ngondo bénéficie par ailleurs d’une reconnaissance internationale avec son inscription par l’Unesco au patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Une distinction qui honore, mais qui oblige aussi à préserver. « Cette reconnaissance internationale nous donne plus de poids pour sa préservation. Nos langues, rites, jeux, savoir-faire, la gastronomie doivent être mieux documentés, étudiés, et transmis », affirme Sa Majesté Gaston Epée Mbodi. En attendant décembre, Douala prépare donc son grand rendez-vous. À Yaoundé, une autre cérémonie vient déjà de s’accomplir, plus discrète mais symbolique : celle des retrouvailles. Entre le Wouri et le Mfoundi, le cordon se retend. Et, pour une fois, le voyage ne consiste pas à partir, mais à retrouver le chemin de la maison.
Olivier Mbessité



