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Yaoundé : la guerre des pains est déclarée

Dans la capitale, la baguette ne se contente plus de sortir du four : il part à la conquête des quartiers. Kiosques, dépôts et points de vente essaiment au plus près des consommateurs. Dans cette bataille, les grandes enseignes font lever leurs ventes pendant que les boulangers et pâtissiers artisanaux voient leur clientèle fondre.

Il suffit désormais de traverser quelques rues de Yaoundé pour apercevoir les nouveaux avant-postes de la bataille. Aux abords des chefferies, dans les quartiers populaires, loin des grands axes, les kiosques des grandes enseignes s’installent là où les petits distributeurs régnaient presque sans partage. La stratégie est simple : rapprocher le pain du consommateur.

À Ayéné, dans le 4ᵉ arrondissement, le phénomène frappe de plein fouet les revendeurs traditionnels. Kamto, distributeur de pain, raconte sa chute vertigineuse : « Sur 30 sacs de pains que je vendais quotidiennement, je n’arrive pas à vendre 5 actuellement. Acropole rafle toute la mise avec son kiosque de la chefferie. » Ses anciens relais, notamment les boutiquiers du quartier, viennent désormais s’approvisionner directement auprès du kiosque.

Mie

Dans cette guerre, le consommateur joue les arbitres, et son arme préférée reste la mie. Papa Essama, parent d’élève, assume son choix : « Le pain Acropole a beaucoup de mie. Il se conserve pendant une longue durée. Par contre, les pains du quartier sont trop légers et sont rassis. Tu ne peux pas le manger le lendemain. »

La bataille ne porte donc plus seulement sur le prix ou la disponibilité. Elle se joue aussi sur la perception de la qualité, la régularité du produit et sa capacité à rester consommable. Pour les artisans, chaque client perdu n’est pas une simple baguette en moins : c’est un maillon de distribution qui se fragilise.

Déroute

À Nkolondongo, Kamdem, gestionnaire et principal livreur d’une boulangerie artisanale, mesure quotidiennement les dégâts. Ses cinq distributeurs lui signalent les mêmes difficultés : les commandes diminuent et les invendus s’accumulent. « Acropole fait une véritable razzia des clients. Elle ne nous laisse aucun espace pour pouvoir respirer. Il y a trop d’invendus », déplore-t-il. Il interroge alors ses collègues d’Essomba et d’Emombo. Même constat. Les kiosques des grandes enseignes gagnent du terrain dans plusieurs quartiers.

Dans cette bataille, les artisans semblent pris à contre-pied. Leur modèle reposait largement sur un réseau de distributeurs et de petites boutiques. Mais lorsque le fabricant devient lui-même distributeur, le rapport de force change.

Conquête

La nouvelle carte du pain s’étend désormais vers des zones éloignées du centre-ville. À Etoa, dans le 3ᵉ arrondissement, Annick raconte avoir été contactée par des personnes souhaitant installer un kiosque dans sa cour. « Ils m’ont abordée en me faisant comprendre que ma cour a une position idoine pour placer un kiosque de vente de pain. C’est après que l’un d’eux m’a fait comprendre que c’était la boulangerie Acropole », témoigne-t-elle.

Le pain industriel descend ainsi dans les ruelles, tandis que les artisans tentent de préserver leurs bastions. Le kiosque devient une arme commerciale : petit par la taille, mais redoutable par son emplacement.

Combat

À Yaoundé, la guerre des pains ne fait que changer de dimension. Les grandes enseignes disposent de moyens, d’une capacité de production et désormais d’un réseau de proximité qui leur permet de toucher directement le consommateur. Les artisans, eux, doivent défendre leurs parts de marché avec des moyens plus limités.

Dans cette bataille, personne ne porte de casque. Les seules munitions sont des baguettes, des viennoiseries et des gâteaux. Mais pour les petits opérateurs, chaque matin apporte désormais son lot d’invendus. La question n’est plus seulement de savoir qui fera le meilleur pain. C’est aussi de savoir qui gardera sa place dans les quartiers.

André Gromyko Balla

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