Démission au RDPC : des militants claquent la porte dans le Septentrion
À quelques mois des législatives et municipales de 2027, le parti au pouvoir connait des remous dans le Septentrion. Des centaines de cartes brûlent, des sections se vident, et la base militante se rétracte.

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) traverse une crise interne d’une ampleur rarement vue dans les régions septentrionales. Dans l’Extrême-Nord comme dans le Nord, les démissions collectives se multiplient, révélant un désamour profond entre la base et l’appareil du parti. À Tokombéré, près de 400 militants ont officiellement rendu leur carte. À Touboro, 749 autres ont basculé vers l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) de Bello Bouba Maigari. Deux coups de semonce qui, à l’approche des échéances électorales, sonnent comme un avertissement.
Tokombéré, la section se vide
Le secrétaire général adjoint de la section RDPC Mayo-Sava Sud, basée à Tokombéré, a claqué la porte. Dans son sillage, près de 400 militants issus de plusieurs secteurs, dont Molko, ont suivi. Les listes de démission, consultées et vérifiées, détaillent noms, numéros de carte nationale d’identité et contacts téléphoniques. Ce n’est plus une rumeur de couloir : c’est un acte officiel, massif, documenté.
Cette vague touche l’ensemble du maillage local du parti dans la section. Elle intervient à un moment stratégique. Le pouvoir prépare ses troupes pour des scrutins locaux et législatifs décisifs. Une hémorragie de cette ampleur, dans une seule section, illustre les tensions internes et le désarroi qui gagnent les rangs. Les militants ne se contentent plus de murmurer leur frustration. Ils partent.
Touboro, l’UNDP en vedette
Plus au sud, dans le département du Mayo-Rey, le même scénario se rejoue avec une ampleur encore plus spectaculaire. Le 19 septembre dernier, 749 ex-militants du RDPC issus du village de Mayo-Laddé, situé à une vingtaine de kilomètres de Touboro, ont rejoint la section locale de l’UNDP dirigée par Célestin Yandal.
Le village, qui compte plus de 6 000 âmes et dispose de deux bureaux de vote d’environ 500 électeurs chacun, était considéré depuis des décennies comme un bastion indestructible du parti au pouvoir. Lors de la présidentielle du 12 octobre 2025, il avait pourtant voté à fort taux pour Issa Tchiroma Bakary, l’ancien ministre de Paul Biya arrivé deuxième.
Dans une correspondance adressée au président de section RDPC de Touboro, lue lors d’un meeting de l’UNDP, les militants expliquent les motifs de cette démission collective. Après avoir fait preuve d’une rare loyauté, ils disent n’avoir « rien reçu en retour ». « Depuis la nuit des temps, nous avons milité corps et âme dans votre parti politique, le RDPC, espérant avoir un changement meilleur. Mais, malheureusement, nous sommes toujours déçus de constater : promesses non réalisées ; manque des points d’eau ; détournement massif de nos biens (plaque solaire, centre de santé, etc.), répressions faites par le RDPC sur la population », a déroulé Denis Ateswé, porte-parole du groupe démissionnaire.
Deux jours avant le meeting, sous une pluie battante, la section locale du RDPC avait tenté de les ramener dans les rangs. Sans succès. Les anciens militants ont confirmé leur choix : « Nous ne pouvons pas avoir voté contre le RDPC à la présidentielle et faire machine arrière en votant pour lui aux élections locales ».
Un « mercato » politique qui s’accélère
Le département du Mayo-Rey, le plus vaste du Cameroun avec 36 529 km², compte quatre communes. Celle de Touboro est contrôlée par l’UNDP depuis 2013. Rey Bouba, le chef-lieu, abrite le célèbre sultanat. Avec ce renfort de près de 750 militants, l’UNDP entend transformer l’essai. Célestin Yandal promet de prendre les communes de Madingrin et Tcholliré et de rafler des sièges à l’Assemblée nationale. « Les gens sont fatigués du RDPC. Tel que nous travaillons avec les mécontentements qui se font ressentir partout, nous allons prendre les communes… », affirme-t-il.
Les listes de démission circulent. Les meetings de ralliement se multiplient. Les anciens bastions se fissurent. À quelques mois des élections, le parti qui a longtemps dominé sans partage le paysage politique septentrional découvre que la loyauté n’est plus automatique. Elle se mérite. Et, pour l’instant, elle se dérobe.
Tom



