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Ivan Trésor Mbock Kaldjob : «nous sommes dans une logique de construction et d’opportunités concrètes »

Le président de l’association Jeunesse volontaire JVEPI et engagée pour la promotion de l’intellect et coordonnateur du Centre JVEPI-FOMACK Ngambè revient sur les objectifs de la Foire de l’employabilité rurale (FER). Notamment à la veille notamment du lancement de la troisième édition du rendez-vous économique prévu du 10 au 12 décembre 2026.

Vous êtes parvenus à la 3e édition de la Foire de l’employabilité rurale de Ngambè. Quel bilan faites-vous des deux précédentes éditions ?
Ces deux éditions nous ont surtout permis de confirmer qu’il existe en milieu rural, un potentiel important qui demande à être mieux accompagner et davantage valorisé. Si l’on peut revenir sur quelques chiffres, la FER 2024 avait déjà mobilisé près de 1000 participants ; environ 5000 bénéficiaires et une douzaine de partenaires. En 2025, nous avons franchi un nouveau cap avec plus de 1400 participants, plus de 30 000 bénéficiaires et surtout un impact sur les réseaux sociaux de plus d’un million de visiteurs avec le concept de Miss FER et des Awards. On a également mobilisé en 2025 plus de 21 partenaires. Au-delà de ces chiffres, le principal acquis est d’avoir créé un espace où les jeunes, les entrepreneurs, les organisations, les producteurs et même l’administration et les partenaires peuvent désormais se rencontrer autour d’une question qui est : comment transformer les réalités rurales en opportunités d’emplois et de développement. Donc, la Foire de l’employabilité rurale nous a également permis de comprendre que l’employabilité rurale ne peut pas être réduite à la recherche simple d’un emploi salarié. Elle passe aussi par l’entrepreneuriat, la culture, la transformation locale, les métiers techniques, les services, l’innovation, et je dirais le capital humain et même la valorisation des ressources du terroir.

Quelles sont vos attentes pour ce nouveau rendez-vous qui est fixé ? Et surtout quels défis sont les vôtres dans cette initiative de développement ?
La FER 2026 se tiendra véritablement du 10 au 12 décembre au Centre Jeunesse volontaire et engagée pour la promotion de l’intellect (JVEPI-FOMACK Ngambè). Pour cette troisième édition, comme nouveau défi, nous avons l’ambition de franchir une nouvelle étape. D’ailleurs le thème retenu l’indique à suffisance : « Jeunesse rurale. Moteur de l’industrialisation agroécologique ». Ceci traduit notre volonté de passer progressivement d’une foire de sensibilisation à une logique de construction et d’opportunités concrètes et mesurables ? Le premier défi est de faire comprendre aux jeunes que le territoire peut être un espace d’avenir et non pas seulement un territoire que l’on doit quitter pour réussir. L’autre défi est également de rapprocher davantage les jeunes des opportunités, des financements, des compétences, des marchés et même des acteurs capables d’accompagner la ruralité. Si on peut relever un troisième défi c’est de faire de la Foire un espace de dialogue et de mise en relation durable entre les collectivités territoriales, les entreprises, les organisations de la société civile, les jeunes et les pouvoirs publics.

Ngambè, comme beaucoup de localités rurales du Littoral, connait L’exode rural. Dans quelle mesure la FER constitue-t-elle une réponse à ce phénomène ?
Ngambè, tout comme les autres territoires du Cameroun, connait et subit ce problème d’exode rural. D’ailleurs, nous pouvons très bien l’observer. Nous avons nos deux principales villes, Douala et Yaoundé, qui tendent aujourd’hui à être saturées. L’exode rural est aussi lié au sentiment véritable qu’il n’existe pas d’opportunités dans nos territoires ruraux. Ce qui est une chimère. La FER ne prétend pas à elle seule résoudre cette question. Elle cherche simplement à agir sur une de ces causes : le manque de visibilité sur les possibilités offertes par nos différents villages. Nous voulons vraiment montrer qu’un jeune peut trouver des opportunités en milieu rural sans avoir l’obligation d’aller à Douala ou Yaoundé. Il faut donc mettre ce jeune dans les conditions idoines. Il doit disposer des bonnes compétences, un accès à l’informatique, à l’information et même à l’accompagnement. Il faut donc changer progressivement le regard porté sur la ruralité ; c’est-à-dire qu’un territoire rural ne doit pas être considéré uniquement comme un lieu de départ vers la ville. Il peut aussi être un espace de production, d’entrepreneuriat, de formation, d’éducation. On peut même innover étant au village, chose qui contribue à la création de valeur et à la création de ce nouveau capital humain. C’est cette conviction que nous voulons donc porter à travers la FER. C’est-à-dire : faire du jeune rural, non pas seulement un demandeur d’emploi, mais un entrepreneur, un acteur économique et un potentiel créateur d’opportunités pour son territoire ; et un modèle naturellement pour la société africaine et camerounaise

Dans le cas spécifique de Ngambè, qui reste une zone enclavée et où les services sociaux de base restent inaccessibles. Quelles solutions proposez-vous pour rendre le travail rural attractif aux yeux des jeunes?
La localité de Ngambè est une zone enclavée où les services sociaux de base sont véritablement limités. Il faut être cohérent, on ne peut pas demander aux jeunes de reste dans les territoires sans travailler sur les conditions qui rendent ces territoires attractifs. Il faut véritablement agir et agir sur les leviers importants. Notamment l’accès à la formation et au numérique ; l’accès à la formation et au numérique ; l’accès à l’amélioration des infrastructures et au financement ; la transformation locale des producteurs ; l’accompagnement ; l’accès au marché et même le développement des services sociaux de base. C’est ce que nous essayons de faire depuis juillet 2024 à travers la synergie qui a été initiée entre l’Association JVEPI et la fondation Mackenzi, qui a donné lieu au centre du JVEPI-FOMACK Ngambè qui est aujourd’hui un tiers-lieu rural qui se veut à la fois inclusif et très moderne. Il constitue d’ailleurs un espace de formation, d’accès au numérique, d’accompagnement et de développement de certaines initiatives vis-à-vis de la jeunesse de Ngambè. Aujourd’hui, nous y avons une bibliothèque de près de 500 livres qui permet aux jeunes de découvrir ce qui se fait ailleurs.

La lecture étant aussi un capital caché. Nous avons ce centre numérique qui a plus de 30 ordinateurs et surtout cette centrale d’énergie solaire ; qui permet aujourd’hui aux jeunes de vivre véritablement les réalités du monde. Au-delà de ça, nous avons en perspective de développer le premier centre piscicole. Je ne parlerais pas de la Coopérative avec Conseil d’Administration Mahol Ma Yondo (COOP-CA MMY) dont le lancement officiel sera effectif lors de la Foire de l’employabilité rurale. Vous comprenez donc que notre vision est simple. Il ne suffit pas de dire aux jeunes de rester au village, il faut leur donner les raisons d’y rester et surtout les moyens d’y construire leur avenir. La Foire de l’employabilité rurale veut contribuer véritablement à cette dynamique en faisant émerger des connexions entre les talents locaux, les ressources du territoire et les opportunités économiques. A terme, nous souhaitons que la ruralité ne soit perçue comme une contrainte mais comme un espace d’investissement, d’innovation et de création d’emplois. C’est pourquoi, nous voulons passer d’une FER locale à une FER départementale et avec l’objectif évidemment d’internationaliser le concept même si nous sommes d’accord que l’internationalisation passe par a nationalisation.

C’est dans cette perspective que notre objectif est au-delà d’inviter les dix autres communes qui constituent le département de la Sanaga maritime. Mais de piocher une autre commune dans le pays ; ça peut être dans l’Extrême-Nord, dans le centre ou peut-être dans le Sud. En marge de cette foire parce que les 10 arrondissements du département peuvent peut-être avoir les mêmes problèmes mais à des marges échelonnées l’objectif est de nous focaliser sur trois thématiques. Les carrières, les questions d’agriculture et les questions de forêts. Pour ce qui est de l’agriculture, nous voulons travailler avec un partenaire en Côte d’Ivoire qui viendra former les jeunes engagés dans les questions d’agriculture sur la fabrication d’engrais écologiques. Vous savez qu’aujourd’hui, nos terres sont de plus en plus faibles, nous voulons donc donner la possibilité aux jeunes de produire mais surtout de manière durable ; et aussi leur donner ces opportunités d’avoir ces outils de base pour une productivité et l’attractivité que nous voulons de l’arrondissement de Ngambè et de l’ensemble des autres arrondissements de la Sanaga maritime.

Interview menée par
Louise Nsana

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