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Fraude à l’identité : mauvais indice pour le Cameroun

Selon Sumsub, de plus en plus, les fraudeurs ne fabriquent plus seulement des papiers : ils fabriquent des identités crédibles.

Le nom du Cameroun apparaît dans un rapport consacré à la fraude à l’identité. Publié par Sumsub, le Identity Fraud Report 2025-2026 analyse plus de quatre millions de tentatives de fraude et s’intéresse à l’évolution des techniques utilisées pour contourner les systèmes de vérification. Dans son analyse des dynamiques africaines, le Cameroun figure, aux côtés du Mali et de la Tanzanie, parmi les pays où les fraudeurs peuvent trouver de nouvelles possibilités après le renforcement des contrôles au Nigeria. Une mention à prendre au sérieux, mais à replacer dans son contexte : Sumsub ne donne pas de taux de fraude propre au Cameroun ni de nombre de victimes dans le pays. Son étude repose sur les données anonymisées issues de son activité de vérification et concerne les pays présentant un volume significatif d’activité sur sa plateforme.

Ce que raconte le rapport est surtout une histoire de changement de méthode. En 2025, le taux mondial de fraude à l’identité analysé par Sumsub a reculé à 2,2 %, contre 2,6 % en 2024. Mais derrière cette baisse se cache une évolution jugée plus préoccupante : la part des fraudes qualifiées de sophistiquées est passée de 10 % à 28 %, soit une progression de 180 %. Les attaques faciles et massives laissent progressivement place à des opérations plus longues, coordonnées et difficiles à détecter. À l’échelle africaine, le taux de fraude observé par Sumsub a progressé de 9,3 %. La Tanzanie affiche 5 %, le niveau le plus élevé relevé dans l’échantillon africain du rapport. Le Cameroun, lui, est cité dans la dynamique régionale, mais aucun chiffre national ne lui est attribué.

Mélange
Autre enseignement du rapport : l’identité frauduleuse n’est plus nécessairement entièrement inventée. Sumsub relève notamment l’essor des identités synthétiques, construites à partir d’un mélange de données réelles et fabriquées. Dans les fraudes dites « first-party », où l’individu présent lors de la vérification est lui-même l’auteur de la fraude, l’identité synthétique représente 21 % des principaux schémas recensés. Les deepfakes comptent pour 11 %. Pour les fraudes commises par des tiers, le vol d’identité arrive en tête avec 28 %, devant la prise de contrôle de comptes à 19 %. Les documents eux-mêmes évoluent : Sumsub signale en 2025 l’apparition de falsifications assistées par l’intelligence artificielle, représentant 2 % des fraudes documentaires observées.
Pourquoi cette évolution intéresse-t-elle particulièrement le Cameroun ? Parce que l’identité est devenue une clé d’accès à une multitude de services. Compte bancaire, mobile money, carte SIM, crédit, plateforme numérique : derrière chacun de ces usages se trouve une procédure destinée à vérifier que l’utilisateur est bien celui qu’il prétend être. C’est tout l’enjeu du KYC, Know Your Customer. Une identité composée d’éléments authentiques peut donc devenir plus difficile à détecter qu’un faux document grossier. Le rapport ne dit pas que ces techniques sont massivement utilisées au Cameroun. Il signale plutôt que les fraudeurs adaptent leurs méthodes et recherchent de nouveaux espaces lorsque certains marchés renforcent leurs défenses. Le pays apparaît ainsi dans une cartographie du risque, pas dans un palmarès de la fraude.

Vigilance
Le message de Sumsub est finalement assez simple : le contrôle d’identité ne peut plus reposer sur un seul document ou une seule vérification. Son rapport recommande une approche plus continue, associant données de l’appareil, comportement de l’utilisateur, contexte de la transaction et contrôles successifs. Pour le Cameroun, cette alerte pose donc une question très concrète : les différents acteurs disposent-ils des moyens de vérifier qu’un nom, un document, un numéro de téléphone et une identité numérique désignent bien la même personne ? Le rapport ne permet pas de répondre à cette question par des chiffres nationaux. Mais il montre pourquoi elle devient centrale. Le nouveau faux n’est plus forcément celui qui ressemble au vrai : c’est celui qui contient assez de vrai pour tromper le contrôle.

Bobo Ousmanou

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