Décennie de la diversification (2021-2030) : le temps de l’évaluation

Yaoundé s’apprête à devenir, les 13, 14 et 15 octobre 2026, le centre de gravité des réflexions sur l’avenir économique de l’Afrique centrale.

La capitale camerounaise accueillera la 42e session du Comité intergouvernemental des hauts fonctionnaires et experts de l’Afrique centrale (CIE), organisée autour d’un enjeu très concret : « Accélérer la mise en œuvre des réformes prioritaires pour dynamiser le secteur privé en Afrique centrale à mi-parcours de la Décennie de la diversification (2021-2030) ». Pendant trois jours, gouvernements, experts, organisations du secteur privé et partenaires techniques et financiers confronteront leurs analyses et leurs expériences. Le rendez-vous intervient à un moment charnière. Depuis le Consensus de Douala adopté en 2017, les États de la sous-région ont multiplié les stratégies d’industrialisation, les réformes réglementaires et les dispositifs destinés à attirer les investissements. La Décennie de la diversification, lancée pour accélérer cette transformation, doit désormais produire des résultats plus visibles. Et Yaoundé sera le lieu où ce bilan à mi-parcours sera posé. L’enjeu est de taille pour une région qui dispose d’atouts considérables — bassin du Congo, hydrocarbures, minerais critiques, potentiel hydroélectrique et population jeune — mais dont les économies restent largement dépendantes des matières premières. Dans la CEMAC, les secteurs extractifs représentent environ 75 % des exportations, tandis que la base industrielle demeure étroite et que les emplois productifs progressent trop lentement.
À Yaoundé, les débats devront surtout répondre à une question : comment passer des réformes adoptées à leur application effective ? Une étude thématique de la Commission économique pour l’Afrique servira de base aux échanges et mettra l’accent sur sept leviers : simplification du parcours entrepreneurial grâce aux guichets uniques numériques, fiscalité plus simple, sécurité juridique, accès au financement des micro, petites et moyennes entreprises, adéquation entre formation et besoins des entreprises, soutien à l’innovation et à l’investissement productif, et renforcement du dialogue public-privé. Derrière ces priorités se trouvent les obstacles rencontrés quotidiennement par les entreprises : difficultés de financement, infrastructures insuffisantes, coûts logistiques, environnement réglementaire parfois imprévisible ou encore manque de compétences adaptées. La rencontre de Yaoundé devra donc aller au-delà du constat. Les participants sont appelés à dégager des recommandations hiérarchisées, à préciser les responsabilités et à identifier les conditions nécessaires à leur application. Pour la capitale camerounaise, qui accueillera ces échanges régionaux, l’événement représente aussi une occasion de placer au premier plan la question de la transformation productive de l’Afrique centrale. À mi-chemin de la Décennie, le message attendu de Yaoundé est celui d’une nouvelle étape : moins de plans, davantage d’exécution, afin de convertir les ressources et le potentiel de la sous-région en entreprises, investissements, production et emplois.
Jean-René Meva’a Amougou



