Mobilisation de ressources : le modèle du Cameroun à bout de souffle

Le Rapport pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) dresse le portrait d’une architecture financière minée par des vulnérabilités profondes.

La croissance au Cameroun fait montre de résilience malgré les chocs externes. A en croire les prédictions de la Banque africaine de développement (BAD), celle-ci devrait connaître une croissance à 4,0% en 2026 puis 4,1% en 2027 grâce à l’agro-industrie, la nouvelle zone industrielle du port de Kribi et la reprise attendue des investissements pétroliers. Cette dynamique reste cependant très en deçà des 7% jugés nécessaires par la BAD pour transformer structurellement le pays. Elle est également minime par rapport au plancher de 3,5% requis pour faire reculer durablement la pauvreté et les inégalités.
Le Cameroun est pourtant en quête de transformation. Laquelle se dessine dans les grandes lignes de la Stratégie nationale de développement (SND30). Les besoins de financement pour la transformation structurelle atteignent 13,9 milliards de dollars par an d’ici 2030, avec un déficit de 9,2 milliards (16,4% du PIB). Face à cela, les flux financiers entrants plafonnent à moins d’un milliard de dollars. Le défi garde toute son envergure pour le Cameroun.
« L’analyse montre que pour faire passer la croissance du Cameroun de 3,7% à 7% par an, il faut une forte accélération de l’accumulation du capital, soutenue par des retombées positives en matière de productivité et de capital humain. En intégrant ces retombées, le Cameroun devrait plus que doubler le taux de croissance de son stock de capital par an d’ici 2030 », lit-on dans le rapport-pays 2026 de la BAD.
Trois maux
Trois maux sapent la capacité du pays à mobiliser des ressources. La BAD énonce d’entrée de jeu un effort fiscal en berne. Notamment avec des recettes fiscales qui stagnent à 13,3% du PIB, bien en dessous du plancher régional CEMAC (17%). « Le Cameroun a enregistré une bonne croissance des recettes fiscales nominales, mais cela ne s’est pas traduit par des améliorations durables des efforts de mobilisation des recettes. En termes nominaux, les recettes fiscales ont plus que quintuplé, passant de 690,99 milliards de F CFA en 2000 à 3915,79 milliards en 2025. Cependant, cette expansion a largement reflété la croissance économique, les cycles des prix des matières premières, l’inflation et les effets de change, plutôt que des améliorations durables de la productivité fiscale », souligne l’institution.
La situation décrite est, en un mot, la conséquence d’assiettes fiscales étroites, de nombreuses exonérations, un faible civisme fiscal et une couverture limitée des contribuables, et met également en évidence la contreperformance des principaux instruments fiscaux, en particulier la TVA, par rapport à leur potentiel, en raison de l’inefficacité administrative et des écarts de conformité.
A cela s’ajoute, ensuite, un service de la dette écrasant, qui absorbe 23,8% du budget et a dépassé les dépenses de santé entre 2021 et 2023. Enfin, une sous-exploitation chronique des leviers alternatifs ; à l’instar des Partenariats publics privés (PPP) concentrés sur les seuls projets concessifs, fonds de pension peu diversifiés, absence de fonds souverain opérationnel, entre autres.
Louise Nsana



