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Travail au Cameroun : le vieux Code face au monde nouveau

Les textes prennent l’âge, pendant que le pays change de visage.

À Yaoundé, le dialogue social a remis sur la table un dossier que le temps avait fini par recouvrir d’une épaisse couche de poussière administrative. Réunis le 22 septembre autour du ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, les partenaires sociaux ont tenu la 50ᵉ session du Comité de concertation et de suivi du dialogue social. Une cinquantième édition qui n’avait rien d’une cérémonie anniversaire : travailleurs, syndicats et gouvernement ont surtout ausculté les failles d’un système confronté à des réalités nouvelles. Au centre des échanges, la révision des textes régissant la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), dont le cadre juridique, selon Isaac Bissala, président de l’Union générale des travailleurs du Cameroun (UGTC), remonte à 1969.

Plus d’un demi-siècle : à l’échelle du travail, c’est presque une autre civilisation. Entre-temps, les entreprises ont changé, les parcours professionnels se sont fragmentés, les formes d’emploi se sont diversifiées et les attentes des salariés ont évolué. Pour les travailleurs actifs comme pour les pensionnés, les difficultés restent pourtant très concrètes : cotisations non reversées ou découvertes tardivement, dossiers qui s’éternisent, procédures administratives jugées lourdes, et mauvaises surprises parfois découvertes au moment de la retraite. « Nous avons souligné l’urgence de la révision des textes de la CNPS », explique Isaac Bissala, qui veut voir dans les discussions engagées avec le gouvernement le début d’une clarification durable des conditions de travail et de vie.

Changement
L’autre chantier, tout aussi sensible, porte sur le Code du travail. Celui-ci date de 1992, une époque où Internet n’avait pas encore transformé le bureau en espace potentiellement planétaire et où l’intelligence artificielle relevait davantage de la science-fiction que des réunions professionnelles. Le processus de révision engagé en 2019 a été ralenti par la pandémie, mais celle-ci a précisément accéléré les transformations auxquelles le législateur doit désormais répondre : télétravail, plateformes numériques, nouvelles formes de contractualisation, horaires dématérialisés, surveillance des salariés, responsabilité des employeurs et protection sociale. Les organisations syndicales ont demandé au gouvernement une synthèse du projet de révision afin de formuler leurs contre-propositions et de contribuer à son enrichissement.

L’enjeu dépasse donc le simple toilettage juridique. Il s’agit de savoir comment faire entrer le droit du travail camerounais dans une économie où le salarié peut travailler depuis son domicile, être recruté via une plateforme ou voir une partie de ses tâches transformée par l’intelligence artificielle. La 50ᵉ session aura ainsi posé deux chantiers : remettre à niveau les règles de la CNPS et refondre un Code du travail appelé à protéger sans entraver, encadrer sans figer, anticiper plutôt que courir derrière les mutations. Car dans le monde professionnel d’aujourd’hui, les textes n’ont plus le luxe de prendre leur temps. Le travail, lui, ne l’attend pas.

Olivier Mbessité

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