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Féminicides : Prévenir les drames, renforcer les armes

Face aux violences faites aux femmes, le gouvernement sonne l’heure de l’anticipation et du durcissement de la réponse juridique.

Plusieurs profils convoqués à la réflexion

La tendance s’inscrit dans une progression préoccupante : 50 cas en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025. Entre janvier et avril 2026, les autorités avaient déjà officiellement enregistré 50 cas de féminicide sur l’ensemble du territoire. Les chiffres pèsent lourd. Mais au-delà du décompte, c’est la capacité de la réponse publique à empêcher que les violences ne basculent dans l’irréparable qui est désormais examinée. D’où la tenue à Yaoundé, ce 30 septembre 2026, d’une réunion élargie aux ministères sectoriels concernés par les stratégies de lutte contre les féminicides au Cameroun.

Le droit au centre
L’un des enjeux consiste à examiner dans quelle mesure l’arsenal juridique actuel permet de prévenir, sanctionner et traiter efficacement les violences faites aux femmes. Il ne s’agit pas seulement de discuter de nouvelles dispositions, mais aussi d’interroger l’application des textes existants, leur accessibilité et leur articulation avec les mécanismes de protection.
Le renforcement du cadre légal peut ainsi porter sur plusieurs maillons : signalement des violences, protection des victimes exposées, prise en charge des situations à risque et réponse judiciaire lorsque les faits sont constitués. Une évolution des textes, lorsqu’elle est jugée nécessaire, ne saurait toutefois suffire à elle seule. Son efficacité dépend également de leur connaissance par les victimes, de leur mise en œuvre par les institutions et de la capacité des services compétents à agir dans les délais.
C’est précisément cette chaîne que les travaux du MINPROFF cherchent à examiner. Françoise Bernadette Bekono, sous-directeur de la Promotion des droits de la famille au ministère, intervient dans cette réflexion sur les objectifs de la rencontre et les difficultés qui peuvent apparaître dans le parcours allant du signalement à la protection et, le cas échéant, à la réponse judiciaire.

Prévenir avant de sanctionner
La dimension juridique ne se limite donc pas à la sanction après le passage à l’acte. Elle renvoie aussi aux moyens permettant d’intervenir en amont, lorsque des violences ou des menaces sont identifiées.
Les participants doivent ainsi réfléchir à une meilleure coordination entre les administrations, afin que les informations et les alertes puissent être davantage prises en compte. L’objectif est également d’identifier les failles dans les mécanismes de référencement et d’accompagnement des victimes.
Sans établir de lien automatique entre une insuffisance institutionnelle et la survenue d’un féminicide, la réunion pose une question centrale : les dispositifs juridiques et administratifs permettent-ils d’intervenir suffisamment tôt lorsqu’une femme est exposée à des violences ?

Une réponse qui doit s’appliquer
Le renforcement de l’arsenal juridique prend, dans ce contexte, une portée particulière. Encore faut-il que la règle puisse être connue, comprise et effectivement appliquée. La protection juridique ne se mesure donc pas uniquement au nombre de textes adoptés, mais aussi à leur traduction concrète dans les commissariats, les services sociaux, les structures de prise en charge et la chaîne judiciaire.

La réunion élargie du MINPROFF entend ainsi rapprocher le droit de la réalité des victimes : repérer les failles, préciser les responsabilités institutionnelles et examiner les ajustements nécessaires. Avec une priorité en filigrane : faire en sorte que la protection juridique ne commence pas seulement après le drame, mais puisse contribuer à l’éviter.

Jean-René Meva’a Amougou

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