Obligation fiscale : l’épée de Damoclès pour les inciviques

Alain Symphorien Ndzana Biloa appelle les citoyens à s’acquitter de ce leur devoir de paiement des impôts et taxes.

La question du civisme fiscal a fait partir des grandes problématiques de la cérémonie officielle de dédicace de l’ouvrage “La fiscalité camerounaise au scalpel” de Alain Symphorien Dzana Biloa. Le sujet y a porté la traduction de postures critiques face une fiscalité qui épargnerait des acteurs politiques et économiques. Loin de se porter en faux contre cette lecture des faits, l’auteur, théoricien-praticien lance un appel au changement de paradigmes. « Le plus important, c’est déjà de savoir que chaque fois que je pose un acte, je dois savoir qu’il y a une obligation fiscale à reverser à l’État pour lui permettre d’avoir le minimum de ressources nécessaires pour assurer notre sécurité », souligne-t-il.
Pour étayer sa pensée, l’inspecteur principal des impôts à la considération des mécanismes fixes permettant à l’État de mobiliser des ressources pour son fonctionnement et son développement. L’impôt, la taxe et les prélèvements divers en sont le principal levier. Les autres sources de revenus (dette, dons, recettes pétrolières, etc.) sont passagères et porteuses de contraintes. Dans le contexte camerounais cependant, le poids du secteur informel (plus de 60% de l’activité économique), les faibles paiements individuels spontanés constituent des freins majeurs. Il y a deux choses qu’on ne peut pas éviter, la mort et l’impôt. Avec la mondialisation, si vous voulez vivre pleinement comme citoyen du monde, vous devez être en règle avec la fiscalité de votre pays. Il faut le faire pour le bien de notre pays. C’est l’impôt qui représente la solidarité », renchérit-il en écho à la troisième partie de son ouvrage qui appelle à un consentement à l’impôt. Et qui, par-dessus tout cela, appelle l’État à œuvrer pour rétablir la confiance des populations à l’impôt.
Dissimulation impossible
Qui paie quoi ? L’intérêt du public à cette problématique est accentué, du fait notamment de la persistance de la corruption au Cameroun et du recours par l’État aux cadeaux fiscaux en vue d’accroitre les investissements dans le pays. A en croire les données officielles pour l’année 2022 seule, les exonérations et cadeaux fiscaux ont coûté au Trésor camerounais 490,8 milliards de FCFA. Un montant supérieur à celui de nombreux budgets sectoriels.
Ces faits ne rassurent pas, semble mettre en exergue le public. L’auteur quant à lui assure n’avoir éludé aucun sujet tabou dans son ouvrage. « On ne peut pas parler de l’impôt sans évoquer les questions qui fâchent. Tout le monde en parle, le FMI en parle », souligne-t-il. Pour lui, l’ère de la dissimulation est révolue grâce à la digitalisation des procédures qu’il décrit dans son livre : eBilling, Trésor Pay, UTTAD, interconnexion DGI-Douanes-Trésor. « Aujourd’hui quand vous utilisez les téléphones portables, si vous voulez vous cacher, nous savons ce que vous payez. Nous savons où vous dormez tous les jours. Donc vous ne pouvez pas vous cacher indéfiniment », a-t-il averti.
Louise Nsana



