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Fiscalité Camerounaise : des recettes en hausse mais un effort fiscal qui stagne

Telle est la conclusion à laquelle sont parvenus la Banque africaine de développement dans son Rapport pays 2026 et l’auteur Alain Symphorien Ndzana Biloa dans son ouvrage « La fiscalité camerounaise au scalpel » dédicacé ce 24 septembre. Regard croisé des deux publications.

Le Cameroun doit encore faire face à de nombreux défis avant de parvenir à une fiscalité porteuse de valeur. Le Rapport pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) et l’ouvrage La fiscalité camerounaise au scalpel de l’inspecteur principal des impôts Alain Symphorien Ndzana Biloa, sont convergents sur la question. Ces deux documents publiés à quelques mois d’intervalle dressent, chacun à sa manière, le même constat. Celui relatif au fait que si la modernisation de l’administration fiscale camerounaise est engagée, l’effort de mobilisation des ressources internes reste en deçà des exigences d’une transformation structurelle du pays.

Le Rapport pays 2026 de la BAD relève que les recettes fiscales nominales ont certes plus que quintuplé depuis 2000, passant de 690,99 à 3 915,79 milliards de F CFA en 2025. Il s’agit cependant d’une progression en trompe-l’œil car rapportées au PIB, elles ne représentent que 13,3 %. Un niveau qui reste très en deçà du plancher de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), fixé à 17 %. La Banque pointe une élasticité fiscale de 0,99, signe que les recettes progressent moins vite que l’économie elle-même. Elle l’explique par des assiettes fiscales étroites, des exonérations excessives, une couverture limitée des contribuables et une TVA qui, malgré son poids dans les recettes, demeure plus bas que son potentiel.

Le poids du secteur informel, estimé à 49,2 % du PIB et 86,6 % des emplois, constitue l’un des freins majeurs identifiés par les deux sources. Alors qu’il structure l’essentiel de l’économie nationale, il ne contribue qu’à moins de 5 % des recettes fiscales. M. Ndzana Biloa, dans son inventaire de près de deux cents impôts et taxes, souligne lui aussi que la persistance de l’informalité — liée aux lourdeurs administratives et à l’accès limité au financement — continue d’éroder la base taxable du pays.

Des vulnérabilités qui pèsent sur les finances publiques
Le rapport de la Banque insiste également sur le poids croissant du service de la dette, qui a représenté 23,8 % du budget en 2025 et 40,1 % des recettes fiscales, contre 35,7 % en 2024. Entre 2021 et 2023, le Cameroun a consacré davantage de ressources au paiement des intérêts de sa dette qu’aux dépenses de santé publique. Cette situation a restreint d’autant les marges de manœuvre budgétaires disponibles pour l’investissement social et productif.

À cela s’ajoutent des insuffisances dans la gestion des finances publiques, parmi lesquelles l’inexistence, à ce jour, d’un compte unique du Trésor pleinement opérationnel, la non-publication systématique des états financiers des entreprises publiques, ou encore des retards récurrents dans l’exécution des projets d’investissement financés sur ressources extérieures. Le score d’efficience des investissements publics, évalué à 50 % par la Banque, traduit un gap important. Sur cent dollars investis, la moitié ne se traduit pas en capital productif.

Le rapport relève par ailleurs que le maintien du Cameroun sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) depuis juin 2024, continue de peser sur l’accès à certains circuits financiers internationaux, malgré les progrès enregistrés dans la résolution des insuffisances de conformité technique. De même, la suspension du pays de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), depuis 2024, illustre les efforts encore nécessaires en matière de gouvernance des ressources naturelles.
La nécessité d’un sursaut collectif

M. Ndzana Biloa, pour sa part, ne se contente pas de dresser un état des lieux. Il appelle à une véritable rupture dans la relation entre l’administration et le contribuable, qu’il juge encore marquée par la défiance. Cette lecture rejoint les résultats du sondage Afrobarometer cité par la BAD, selon lequel une majorité de Camerounais conditionnent leur disposition à mieux contribuer à une amélioration tangible des services publics

Les deux publications s’accordent enfin sur l’urgence d’accélérer le séquençage des réformes engagées. A l’occurrence l’élargissement de l’assiette fiscale, opérationnalisation du compte unique du Trésor, publication obligatoire des états financiers des entreprises, lutte renforcée contre la fraude et l’évasion fiscales — sans lesquelles le déficit de financement du développement, estimé à 9,2 milliards de dollars par an d’ici 2030, continuera de se creuser. Elles appellent par ailleurs à une réduction des dépenses fiscales.

Louise Nsana

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