Rougeole au Cameroun : une riposte qui s’organise

Selon les données du Programme élargi de vaccination (PEV), 120 districts de santé sur les 206 que compte le pays sont actuellement en situation d’épidémie. Depuis le début de l’année 2026, 9 625 cas confirmés et 18 décès ont été enregistrés

Sur le terrain la circulation du virus est intense. Les enfants âgés de 24 à 59 mois représentent la tranche d’âge la plus exposée. Pour les responsables sanitaires camerounais, les chiffres officiellement recensés ne reflètent probablement qu’une partie de la réalité. « Les données dont nous disposons montrent que la rougeole continue de circuler activement dans de nombreux districts de santé », explique le Dr Shalom Ndoula, secrétaire permanent du Programme élargi de vaccination. « Il existe encore des décès qui échappent à la notification du système de santé notamment dans certaines localités difficiles d’accès » soutient-il.
Dans les villages camerounais certaines familles ne consultent pas systématiquement les structures sanitaires lorsque survient un décès ou des complications liées à cette maladie. Résultat : les statistiques officielles pourraient être inférieures à la situation réelle. Pour les professionnels de santé, cette réalité impose une vigilance accrue. La rougeole demeure en effet l’une des maladies les plus contagieuses au monde et peut provoquer de graves complications notamment chez les enfants insuffisamment vaccinés.
Face à cette situation préoccupante les pouvoirs publics décident de renforcer les mesures de prévention. Les ministères de la Santé publique et de l’Éducation de base annoncent conjointement l’organisation d’une campagne nationale de vaccination contre la rougeole et la rubéole. L’objectif fixé est d’atteindre au moins 95 % des enfants âgés de 9 mois à 5 ans sur l’ensemble du territoire national. « Aucun parent ne devra payer pour faire vacciner son enfant », rappelle un responsable du ministère de la Santé publique rencontré à Yaoundé. « Le vaccin est entièrement gratuit et toutes les dispositions sont prises pour que les équipes atteignent les populations ciblées ».
Les autorités ont également adressé une mise en garde ferme aux personnels de santé qui seraient tentés de réclamer des frais aux familles. Une décision destinée à lever toute barrière financière susceptible de limiter la participation à la campagne. Cette mobilisation associe également le secteur éducatif. Les écoles sont appelées à sensibiliser les parents et à faciliter l’identification des enfants concernés. Pour les autorités, la protection de la santé des élèves constitue un enjeu majeur à l’approche des activités scolaires.
Dans le district de Biyem-Assi à Yaoundé, une infirmière engagée dans les activités de vaccination soutient que « dans les zones enclavées les parents doivent parcourir plusieurs kilomètres avant d’atteindre une structure sanitaire. D’autres ne disposent pas toujours d’informations suffisantes sur l’importance du vaccin ». Il est important de préciser qu’à ces contraintes géographiques s’ajoutent parfois les rumeurs, les hésitations vaccinales ou encore les difficultés économiques qui éloignent les familles des services de santé préventive. Elle soutient que « dans ces zones enclavées les équipes d’intervention parcourent de longues distances pour atteindre les villages les plus isolés. Nous nous préparons à aller vers les populations y compris dans ces localités reculées. L’objectif est qu’aucun enfant ne soit laissé de côté ».
L’enjeu dépasse la simple gestion d’une épidémie. Il s’agit de consolider un système capable de protéger durablement les enfants contre des maladies évitables. La campagne d’octobre représente ainsi une étape cruciale.
Tom



