Afriland First Bank et Savana Islamic Finance SA : le pari du financement conforme à la Charia
La finance islamique entend passer à la vitesse supérieure. Les établissements bancaires veulent convertir l’ambition en financements concrets.

À Yaoundé, ce mercredi 7 octobre, deux stylos ont peut-être fait davantage que signer un simple document. À la Maison de la First Bank, Afriland First Bank et Savana Islamic Finance SA ont conclu un Mémorandum d’Entente pour développer la finance islamique au Cameroun. Hamadou Mamoudou, directeur de la Finance islamique d’Afriland First Bank, et Oumarou Mouctar, directeur général de Savana Islamic Finance SA, ont apposé leurs signatures au bas d’un accord qui vise une chose très terre à terre : faciliter le financement des projets.
Pas question, donc, de rester dans les grandes déclarations de principe. Le partenariat entend mettre autour de la même table la puissance financière d’un groupe bancaire panafricain et l’expertise d’un acteur spécialisé dans la finance islamique. Un mariage de raison, en quelque sorte. D’un côté, les moyens, le réseau et l’ingénierie financière. De l’autre, la connaissance des mécanismes conformes aux principes de la Charia. Objectif : transformer des projets en opérations finançables.
Confiance
La finance islamique ne fonctionne pas exactement comme la banque traditionnelle. Elle repose sur des règles particulières, notamment l’interdiction de l’intérêt et le principe d’un financement lié à l’économie réelle. Les opérations doivent également respecter certaines exigences éthiques. Une différence qui peut paraître technique au premier regard, mais qui constitue précisément le cœur du marché que les deux partenaires veulent contribuer à développer.
Pour les entreprises et porteurs de projets, l’intérêt pourrait être significatif. Car plus les canaux de financement se diversifient, plus les possibilités de trouver une solution adaptée augmentent. Encore faut-il que cette finance soit comprise, connue et accessible. C’est là que l’alliance prend son sens : faire sortir la finance islamique du cercle des spécialistes pour la rapprocher des besoins concrets de l’économie.
Capital
Afriland First Bank entend apporter dans cette opération la force de frappe d’un groupe bancaire panafricain et une ingénierie financière déjà éprouvée. Savana Islamic Finance SA vient compléter le dispositif par son expertise dans les solutions de financement conformes à la Charia. Sur le papier, chacun apporte donc une pièce du puzzle.
Le véritable enjeu se trouve désormais dans les dossiers qui arriveront sur la table. Car un mémorandum reste un engagement de coopération, pas encore un carnet de chèques. Il faudra identifier les projets, examiner leur viabilité, structurer les opérations et mobiliser les ressources nécessaires. Bref, passer de la cérémonie à la mécanique financière. C’est souvent à ce moment-là que les belles promesses rencontrent les chiffres.
Cette initiative intervient alors que la question de l’accès au financement demeure centrale pour les entreprises camerounaises. Diversifier les instruments disponibles peut contribuer à élargir le champ des solutions offertes aux investisseurs et aux porteurs de projets. La finance islamique peut notamment intéresser des acteurs à la recherche de produits répondant à des exigences à la fois financières et éthiques.
Mais le succès de cette nouvelle alliance se mesurera moins au nombre de communiqués qu’à celui des projets effectivement accompagnés. Agriculture, immobilier, infrastructures, PME ou investissements productifs : les terrains d’application ne manquent pas. Encore faudra-t-il proposer des mécanismes simples, compétitifs et suffisamment lisibles.
Afriland First Bank et Savana Islamic Finance SA viennent donc de poser une première brique. La suite sera beaucoup moins cérémonielle : trouver les projets, structurer les financements et faire circuler le capital. Car dans la finance, une signature peut ouvrir une porte. Seuls les financements débloqués permettent de la franchir.
Jean-René Meva’a Amougou



