Cameroun–États-Unis : diaspora en danger, diplomatie au tournant

Yaoundé et Pretoria réfléchissent sur le comment protéger leurs ressortissants.

La diplomatie sourit, les frontières s’inquiètent. Le 7 octobre 2026, au ministère camerounais des Relations extérieures, Mbella Mbella a reçu le haut-commissaire sud-africain, Mandla Langa, pour consolider les relations entre Yaoundé et Pretoria. Au menu : défense, investissements, commerce et gestion des diasporas. Mais derrière cette énumération bien ordonnée, un sujet déborde du cadre protocolaire : les actes de xénophobie enregistrés en Afrique du Sud ces derniers mois. Porteur d’un message du président Cyril Ramaphosa, le diplomate a condamné fermement ces violences et assuré que Pretoria prenait des mesures pour mieux encadrer les migrations et l’immigration clandestine, tout en protégeant les communautés étrangères. Le message se veut rassurant. Il rappelle surtout une évidence trop souvent oubliée : un ressortissant étranger n’est pas un intrus par définition, encore moins un coupable désigné d’avance. Lorsque la colère sociale cherche un visage, l’étranger devient parfois le suspect idéal. La politique migratoire se retrouve alors prise entre deux impératifs : contrôler les entrées irrégulières et empêcher que la lutte contre l’immigration ne serve de paravent à la stigmatisation. Entre les deux, il y a des vies, des familles et des activités économiques. Bref, tout ce que les communiqués diplomatiques résument difficilement.
Garanties
La gestion des diasporas ne saurait se réduire à une affaire de police des frontières. Elle concerne aussi la sécurité des personnes, l’accès aux services consulaires, la protection des investissements et la capacité des États à intervenir lorsque leurs ressortissants sont menacés. Pour le Cameroun et l’Afrique du Sud, le sujet est stratégique. Les deux pays veulent intensifier leurs échanges économiques et commerciaux ; encore faut-il que les hommes et les femmes qui les font vivre puissent circuler, travailler et entreprendre sans craindre les violences ou l’arbitraire. La protection des étrangers ne signifie pas renoncer au contrôle migratoire. Elle impose plutôt de distinguer clairement l’irrégularité administrative de la responsabilité pénale, et de rappeler que la nationalité ne constitue jamais une justification à la violence. Pretoria affirme renforcer son dispositif. Reste à savoir comment ces mesures seront appliquées, évaluées et portées à la connaissance des communautés concernées. Côté camerounais, l’enjeu consiste également à maintenir un dialogue consulaire suffisamment actif pour que les difficultés ne soient pas découvertes au moment où elles deviennent des crises. La diplomatie est utile lorsqu’elle prévient les incendies, moins lorsqu’elle se contente de commenter les cendres.
Résultats
Après quatre années de présence au Cameroun, Mandla Langa a salué la qualité de l’accueil et la coopération avec les administrations camerounaises. L’audience s’est achevée sur l’engagement des deux parties à établir un mécanisme permanent de consultations bilatérales. C’est là que se jouera la crédibilité des promesses. Une structure de dialogue ne vaut que par sa capacité à identifier les problèmes, à désigner les responsables et à vérifier l’application des décisions. Elle pourrait notamment permettre de suivre la situation des diasporas, de coordonner les réponses consulaires et de traiter les incidents avant qu’ils ne dégénèrent. Mais les institutions ont parfois le talent de transformer les urgences en dossiers, puis les dossiers en archives. Yaoundé et Pretoria gagneraient donc à fixer des échéances, à organiser des échanges réguliers et à donner une traduction concrète aux engagements annoncés. La coopération Sud-Sud ne se mesure pas seulement au nombre d’accords signés, aux investissements promis ou aux déclarations fraternelles. Elle se juge aussi à la manière dont un État protège ceux qui vivent loin de chez eux. Car la véritable solidarité diplomatique commence précisément là où s’arrêtent les belles promesses.
JRMA

