SOCADEL : le courant du redressement passe, la confiance reste à brancher

Chez l’électricien, les premiers résultats éclairent la voie, mais la sortie de crise attend d’être confirmée.

Cent jours pour redresser une entreprise électrique, c’est peu. Assez, toutefois, pour allumer quelques voyants verts, sans pouvoir encore déclarer la panne financière réparée. Le 8 octobre 2026, à Douala, Gaston Eloundou Essomba, ministre de l’Eau et de l’Énergie, a évalué les premiers résultats de la feuille de route de SOCADEL. Son verdict tient en une formule : des avancées réelles, mais encore timides. Autrement dit, le malade quitte progressivement les soins intensifs, sans avoir retrouvé toutes ses forces.
Quatre mois après l’arrivée de sa nouvelle direction, l’entreprise publique tente de reprendre la main sur ses finances, ses infrastructures et sa relation avec les usagers. Le chantier est vaste : restaurer la trésorerie, moderniser les réseaux et reconquérir des clients lassés des coupures. Car, dans le secteur électrique, les annonces ont beau briller, c’est à l’interrupteur que les promesses sont jugées.
Recettes
Premier front : l’argent. SOCADEL mise sur le recouvrement des factures impayées, la lutte contre la fraude, l’optimisation des dépenses et la mobilisation du marché bancaire national. Les résultats commencent à se dessiner. Entre mai et juillet 2026, les encaissements mensuels liés à la lutte contre la fraude ont progressé de 26 % par rapport à la moyenne des quatre premiers mois de l’année.
Depuis la renationalisation, les recettes mensuelles sont passées de 30 à 32 milliards FCFA, selon le ministre. Une progression encourageante, mais qui ne suffit pas à solder les fragilités financières. Les factures des principaux acteurs ne sont pas toutes réglées. Quant aux créances sur les administrations publiques, elles rappellent une vérité peu confortable : l’État, qui attend de son entreprise qu’elle redresse ses comptes, doit aussi contribuer à les alimenter.
Sur le terrain, les branchements suivent la même pente ascendante. De 9 632 en avril, ils sont passés à 11 019 en juillet, soit une hausse de 14 %. À fin septembre, SOCADEL comptait 2,43 millions de clients raccordés. Vingt-trois postes de distribution et 50 kilomètres de lignes avaient été achevés à fin août. Des progrès concrets, même si raccorder davantage de clients ne garantit pas, à lui seul, de leur fournir une électricité régulière.
Réalité
C’est là que commence le véritable examen. Pour les ménages et les entreprises, le redressement ne se mesure ni aux tableaux de bord ni aux communiqués : il se mesure aux heures sans coupure, aux équipements préservés et aux activités qui tournent sans craindre la prochaine interruption.
Maintenance préventive, réhabilitation des ouvrages, modernisation des réseaux, développement du solaire : les chantiers annoncés sont nombreux. La dématérialisation des factures, les paiements en ligne et les services numériques doivent également simplifier la vie des abonnés. Mais ces ambitions réclament des financements et une exécution rigoureuse. SOCADEL plaide aussi pour de nouveaux tarifs, le paiement mensuel des factures publiques et une réduction des coûts d’achat de l’énergie.
Le ministre appelle donc à accélérer, à identifier les blocages et à renforcer l’accompagnement gouvernemental. Le message est clair : le redressement a démarré, mais la route reste longue. Entre recettes en hausse, réseau en extension et qualité de service encore à éprouver, SOCADEL avance à petits pas. L’essentiel sera de transformer l’embellie des chiffres en amélioration durable du quotidien. Car, dans cette entreprise, le courant du changement ne sera véritablement rétabli que lorsque les résultats ne seront plus seulement visibles dans les comptes, mais aussi dans les foyers.
Diane Kenfack



