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Afrique centrale : la bataille industrielle se jouera dans les déchets

L’Afrique centrale exporte ses minerais, exploite ses forêts et développe ses productions agricoles, mais transforme encore insuffisamment ses richesses.

Parallèlement, les déchets urbains, industriels et agricoles demeurent largement sous-exploités. Au Forum mondial de l’économie circulaire (WCEF), organisé du 15 au 18 septembre 2026 à Gandhinagar, en Inde, la Banque africaine de développement (BAD) a appelé à accélérer les investissements dans ce secteur. Pour la sous-région, l’enjeu dépasse la protection de l’environnement : il s’agit de créer des filières industrielles, de réduire les pertes de matières premières et de conserver davantage de valeur ajoutée localement. À Douala, Yaoundé, Libreville, Brazzaville et Kinshasa, l’urbanisation multiplie les besoins de collecte et de traitement. Plastiques, métaux, équipements électroniques et résidus agricoles pourraient alimenter de nouvelles activités économiques. Encore faut-il transformer ces déchets en ressources pour l’industrie.

Gisements
Les opportunités varient selon les économies nationales. Au Cameroun, les résidus de cacao, de café et de palmier à huile offrent des possibilités de valorisation agricole et énergétique. Les plastiques et les métaux peuvent alimenter des entreprises de recyclage. Au Gabon et au Congo, les résidus de la transformation du bois pourraient servir à fabriquer des panneaux ou des combustibles. En République démocratique du Congo, la récupération des métaux contenus dans les équipements électroniques ouvre d’autres perspectives. Mais ces débouchés se heurtent au manque de financement, au coût de l’énergie, à l’insuffisance des infrastructures et à la prédominance des circuits informels. La rentabilité exige une collecte organisée, des matières de qualité et des acheteurs. Sans ces conditions, le potentiel industriel restera théorique.

Intégration
La CEMAC et la CEEAC peuvent contribuer à élargir les marchés, sans se substituer aux États et aux investisseurs. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, qui regroupe six pays, dispose d’un cadre d’intégration économique et douanière. Elle peut favoriser l’harmonisation des règles commerciales et faciliter les échanges de matières recyclées entre ses membres. La Communauté économique des États de l’Afrique centrale couvre un espace plus large, incluant notamment la RDC. Elle offre un cadre de coordination des politiques économiques et environnementales à l’échelle régionale. Cette complémentarité pourrait faciliter la circulation des matières secondaires et rapprocher les marchés. Mais les deux organisations ne construiront pas les usines à la place des entreprises. Leur efficacité dépendra de règles compatibles, de procédures prévisibles et d’une coopération concrète entre administrations nationales.

Investissements
Le véritable test sera celui des réalisations. Les gouvernements doivent soutenir les infrastructures de tri, les unités de transformation et l’accès au crédit. Les entreprises ont besoin de débouchés stables pour investir dans la réparation, le reconditionnement et le recyclage. La commande publique pourrait aussi favoriser les matériaux recyclés, lorsque les normes techniques le permettent. Ces activités peuvent créer des emplois, notamment pour les jeunes, tout en limitant le gaspillage des ressources. La prochaine phase de l’initiative africaine pour l’économie circulaire, envisagée pour 2027-2032, offre une occasion de rapprocher stratégies publiques et investisseurs. Pour l’Afrique centrale, la réussite se mesurera aux entreprises créées, aux emplois générés et aux matières réintroduites dans la production. Le défi n’est donc pas simplement de produire moins de déchets, mais de bâtir une industrie capable d’en tirer profit.

JRMA

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