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Grand-Nord : le sorgho entre enfin dans l’ère industrielle

Investissement annoncé de 23,2 milliards de FCFA, le Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé ambitionne de transformer les récoltes locales en richesses et en emplois. Le gouvernement recherche des partenaires techniques et financiers pour concrétiser ce projet stratégique.

Le sorgho, une céréale parfaite

Implanté sur un site de 30 hectares dans le Mayo-Kani, le futur Complexe industriel agroalimentaire de Kaélé (CIAK) prévoit de traiter annuellement 30 000 tonnes de sorgho, 15 000 tonnes de maïs, 20 000 tonnes d’oignons et 8 000 tonnes de viandes bovines et de petits ruminants. À travers cet investissement, le gouvernement entend accélérer l’import-substitution, limiter les pertes après récolte et retenir localement une plus grande part de la valeur ajoutée agricole. « Pendant longtemps, notre région a produit des quantités importantes de céréales sans bénéficier pleinement de la valeur créée par leur transformation », observe Wandjou Bénite, ingénieure agricole proche du dossier. Dans le Mayo-Kani, notamment à Lara, les producteurs espèrent des débouchés plus réguliers et des prix moins soumis aux fluctuations saisonnières. Faute de stockage et d’acheteurs, certains sont contraints de vendre à perte. Pour Pacamé Yacoub, producteur de sorgho, l’arrivée d’un acheteur industriel pourrait améliorer la commercialisation et mieux rémunérer le travail des cultivateurs.

Approvisionnement
L’ambition industrielle se heurte toutefois à plusieurs conditions. La mobilisation des 23,2 milliards FCFA nécessaires à la réalisation du projet constitue une première étape décisive. Il faudra également structurer les coopératives, accompagner les producteurs et garantir un approvisionnement régulier en matières premières conformes aux exigences industrielles. Une usine de cette capacité ne peut fonctionner durablement sans volumes suffisants, qualité constante et circuits de collecte efficaces. L’accès au stockage, la maîtrise des coûts logistiques et l’organisation des filières seront tout aussi déterminants pour assurer sa rentabilité. Le gouvernement a lancé un appel aux partenaires techniques et financiers en vue de la réalisation et de l’exploitation du complexe. La réponse des investisseurs dira si le sorgho du Grand-Nord peut passer du champ à l’usine, puis conquérir de nouveaux marchés. Car entre une capacité de transformation annoncée et une industrie effectivement opérationnelle, il reste encore à franchir l’étape décisive du financement et de l’exécution.

Valorisation
L’Extrême-Nord concentre plus de la moitié de la production nationale de sorgho, une céréale essentielle à l’alimentation des ménages. Bouillies, couscous, farines et boissons traditionnelles constituent ses débouchés habituels. Le CIAK pourrait élargir cette palette avec la fabrication de semoule, de malt, d’aliments infantiles, de céréales précuites ou encore d’aliments pour bétail. « La véritable valeur se trouve dans les produits transformés », souligne l’économiste agroalimentaire Paul Ndzié. Des expériences menées au Nigeria et en Afrique du Sud illustrent le potentiel industriel de cette céréale. Au-delà de la transformation, le complexe pourrait stimuler le transport, la logistique, la maintenance et le commerce, tout en créant des emplois directs et indirects. Dans une région où les perspectives professionnelles des jeunes restent limitées, l’enjeu dépasse donc les seules performances agricoles : il s’agit aussi de créer des activités économiques capables de fixer une partie de la main-d’œuvre dans les territoires ruraux.

Tom

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