Pour sa candidature au conseil de sécurité : l’Allemagne en campagne éclair à Yaoundé
Berlin a discrètement activé son offensive diplomatique pour arracher le soutien du Cameroun.

Au ministère camerounais des Relations extérieures (MINREX), l’Allemagne est venue frapper à la porte avec une ambition: décrocher un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 2027-2028. Jeudi 22 mai 2026, au cours d’une audience accordée à Yaoundé par le Secrétaire général du ministère des Relations extérieures, Oumarou Chinmoun, le chargé d’affaires par intérim de l’ambassade allemande, Knut Zuchan, est venu défendre la candidature de Allemagne à l’un des sièges les plus convoités de la diplomatie mondiale.
Derrière le protocole classique et les formules de coopération bilatérale, c’est bien une bataille d’influence qui se joue avant l’élection prévue le 3 juin prochain à New York. « Car au Conseil de sécurité, les sièges non permanents valent souvent bien plus qu’un simple strapontin institutionnel. Ils offrent visibilité géopolitique, capacité de négociation et droit de peser, même indirectement, sur les grandes crises internationales », analyse Solange Ekani Zeh. En effet, ajoute l’internationaliste camerounaise, « au Conseil de sécurité, les alliances se nouent rarement par simple affinité diplomatique. Elles se négocient, se cultivent et parfois se monnayent politiquement ».
Et Berlin le sait parfaitement. Depuis plusieurs semaines, la diplomatie allemande active ses relais sur le continent afin de consolider un maximum d’appuis avant le scrutin. Berlin multiplie les offensives diplomatiques pour défendre une réforme du Conseil de sécurité qu’elle juge dépassé, hérité des équilibres de 1945 et peu représentatif des réalités contemporaines. En clair, l’Allemagne estime contribuer suffisamment au financement des Nations Unies pour ne plus rester éternellement dans l’ombre des cinq membres permanents.
Quatrième puissance économique mondiale, l’Allemagne n’a jamais caché son désir de voir son poids financier se traduire en influence politique accrue au sein du système onusien. Pour atteindre son but, elle avance avec son style : moins spectaculaire que les démonstrations de puissance classiques, mais méthodique, patiente et fortement appuyée sur la coopération économique.
La candidature allemande intervient d’ailleurs dans un contexte international particulièrement instable : guerre en Ukraine, tensions au Moyen-Orient, compétition sino-américaine, crise climatique et retour brutal des logiques de blocs. Dans cette architecture mondiale en recomposition, Berlin tente de se présenter comme une puissance d’équilibre, attachée au multilatéralisme, au droit international et à la stabilité des institutions internationales. Mais derrière le discours consensuel, les calculs sont nombreux.
En Afrique notamment, chaque voix compte et le Cameroun, membre influent de plusieurs cercles diplomatiques régionaux, représente un soutien stratégique dans cette campagne discrète mais intense menée par Berlin.
Pour Yaoundé, la séquence est également révélatrice du retour des grandes manœuvres diplomatiques autour de l’Afrique. Longtemps perçu comme un simple terrain d’influence économique ou sécuritaire, le continent devient désormais un réservoir décisif de voix dans les institutions internationales. À quelques jours du vote, chaque poignée de main compte désormais comme une promesse potentielle de bulletin.
Ongoung Zong Bella



