CEMAC : les banques boudent les liquidités de la BEAC

Le signal est discret mais lourd de sens. Pour la première fois depuis plusieurs mois, les banques de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) n’ont pas répondu avec enthousiasme à l’appel de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).

Sur les 500 milliards FCFA mis à leur disposition lors de la dernière opération de refinancement, elles n’ont sollicité que 298,2 milliards, soit à peine 59,64 % de l’enveloppe proposée.
Une situation inhabituelle dans un marché monétaire longtemps marqué par une forte dépendance des établissements de crédit aux ressources de la banque centrale. Cette fois, neuf banques seulement ont participé à l’opération, laissant près de 202 milliards FCFA inutilisés dans les coffres de l’institution d’émission.
Derrière cette baisse de la demande se dessine l’effet concret de la stratégie de resserrement monétaire engagée par la BEAC depuis plus de deux ans. Face aux poussées inflationnistes observées après les crises successives liées à la pandémie, aux tensions géopolitiques et à la hausse des prix des importations, la banque centrale a progressivement relevé le coût de l’argent.
Le Taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) demeure fixé à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal reste à 6,25 %. À ces niveaux, emprunter auprès de la banque centrale devient plus coûteux. Résultat : les banques réduisent leurs besoins de refinancement et examinent avec davantage de rigueur les crédits accordés à leurs clients.
Le taux moyen pondéré des soumissions, ressorti à 4,92 %, traduit cette nouvelle prudence. Dans un environnement où le crédit coûte plus cher, les établissements financiers préfèrent optimiser leur trésorerie et limiter les risques. Certains trouvent même des solutions alternatives sur un marché interbancaire qui gagne progressivement en profondeur. Les banques disposant d’excédents de liquidités prêtent davantage à leurs homologues, réduisant ainsi leur dépendance au guichet de la BEAC.
Pour l’institut d’émission dirigé par Yvon Sana Bangui, le message est plutôt rassurant. Une moindre injection de liquidités dans le système bancaire contribue à contenir la création monétaire et, par ricochet, les tensions sur les prix. En d’autres termes, la politique monétaire restrictive commence à produire les effets recherchés : ralentir la circulation de l’argent afin de préserver la stabilité de la monnaie commune.
« Mais cette victoire monétaire pourrait avoir son revers », averti Louis Konglah. Selon l’économiste camerounais, « derrière la baisse de la demande de refinancement se cache peut-être aussi une économie qui ralentit ». « Des banques plus prudentes signifient souvent moins de crédits distribués aux entreprises et aux ménages. Dans une région où le financement bancaire demeure la principale source de capitaux pour les PME comme pour les grands projets d’infrastructures, le risque d’un essoufflement de l’investissement n’est pas à écarter », explique-t-il.
À l’approche du second semestre, tout l’enjeu pour la BEAC sera donc de maintenir l’équilibre. Freiner l’inflation sans étouffer la croissance : l’équation reste délicate. Car si les banques empruntent moins à la banque centrale, encore faut-il que l’économie réelle continue, elle, à respirer.
JRMA



