À Yaoundé : SinoMart reprend du service

Après trois semaines de fermeture imposée par les autorités, le supermarché a rouvert ses portes dans un climat mêlant soulagement, vigilance et gravité, tandis que travailleurs et administration tentent de refermer les blessures d’une crise sociale qui a secoué l’opinion.

Dans les rayons encore imprégnés du silence des derniers jours, les pas des travailleurs retrouvent leur cadence, comme si l’activité commerciale cherchait à renouer avec le fil interrompu d’une vie suspendue. A l’intérieur du magasin, l’émotion des travailleurs demeure palpable. Beaucoup retrouvent leurs collègues après une période d’attente et d’angoisse sociale. En cette fin de matinée à Yaoundé, SinoMart retrouve peu à peu son tumulte ordinaire. Les voix des caissières se mêlent au bruit métallique des chariots, tandis que les clients recommencent à remplir les allées. Les habitants du quartier Elig-Edzoa (Yaoundé 1er), longtemps privés de l’animation du supermarché, observent le ballet des travailleurs regagnant leurs postes. Certains poussent déjà les chariots, d’autres réinstallent des produits sur les étagères, tandis que les agents de sécurité reprennent leur surveillance habituelle. Comme après un orage, tout semble reprendre du souffle ; même si sous les néons du supermarché, chacun sait que certaines blessures mettent du temps à cicatriser.
Au cours de la cérémonie de réouverture, organisée ce 23 mai 2026, le premier adjoint au sous-préfet de Yaoundé Ier, Simon Jude Bikelé Amougou, représentant l’autorité administrative, explique que la fermeture décidée il y a plusieurs semaines vise avant tout à « protéger les travailleurs ». Sans revenir en détail sur les incidents à l’origine de cette mesure, il insiste sur les échanges menés entre le gouvernement camerounais et les responsables chinois du groupe SinoMart. Selon lui, ces concertations permettent d’aboutir à des accords jugés satisfaisants pour toutes les parties. « Le gouvernement et l’entreprise se concertent et trouvent des accords. C’est sur cette base que SinoMart rouvre, non seulement pour les travailleurs, mais également pour les usagers », déclare-t-il devant une assistance attentive.
Dans ce dossier sensible, le ministère du Travail et de la Sécurité sociale veut afficher une position de fermeté tempérée par l’apaisement. Représentant le ministre Grégoire Owona, Max Onana, directeur des affaires générales au MINTSS, rappelle que les accords conclus reposent avant tout sur le respect de la législation camerounaise en matière de droit du travail. Derrière les mots choisis avec précaution transparaît une volonté claire : éviter que les tensions récentes ne ressurgissent. « L’employeur est invité à se conformer à la législation et à la réglementation en vigueur au Cameroun afin que les événements malheureux connus ne puissent plus se répéter », indique-t-il avec gravité.
Le représentant du MINTSS tient également à rassurer les salariés sur le suivi judiciaire de l’affaire. Pour les autorités, la reprise des activités ne signifie pas l’effacement des responsabilités éventuelles. « Travailleurs, mettez-vous au travail, continuez à travailler. La justice camerounaise se charge du reste concernant ceux qui sont mis en cause », poursuit Max Onana. Une déclaration accueillie dans un silence respectueux par des employés visiblement soulagés de retrouver leurs emplois, mais encore marqués par les incertitudes des dernières semaines.
Manuel Marcia Joseph Kahl, délégué du personnel par intérim, ne cache pas sa satisfaction au moment de reprendre le service. « Nous sommes plus de soixante employés. La réouverture est une grande satisfaction pour nous », confie-t-il avec une voix chargée d’émotion.
Le représentant des travailleurs remercie les autorités camerounaises pour leur implication dans les négociations permettant la reprise des activités. « Nous remercions le gouvernement camerounais de nous permettre de rouvrir notre supermarché et de continuer nos occupations quotidiennes », explique-t-il avant d’adresser également des mots de reconnaissance aux responsables de l’entreprise. Derrière ces déclarations transparaît surtout la peur du chômage, cette ombre silencieuse qui accompagne désormais chaque crise sociale. « Il n’est pas facile de trouver du travail aujourd’hui », rappelle le délégué intérimaire, conscient que la survie de nombreuses familles dépend de cette reprise.
Avant la réouverture, plusieurs réunions ont permis de définir de nouvelles mesures internes destinées à prévenir d’autres incidents. Employeurs, administration et représentants du personnel disent arrêter « différentes stratégies » pour améliorer les conditions de travail et renforcer le dialogue au sein de l’entreprise. Les contours précis de ces engagements ne sont toutefois pas rendus publics.
Dans le rétroviseur…
On se souvient qu’une vidéo insoutenable diffusée sur les réseaux sociaux avait plongé le supermarché Sino Mart de Yaoundé au cœur d’une affaire aux résonances judiciaires et sociales. Cinq personnes suspectées d’implication dans des actes de violence sur un employé ont été conduites devant le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire de Yaoundé. Parmi les mis en cause figurent trois responsables chinois de l’enseigne, leur interprète tchadien ainsi qu’un militaire camerounais affecté à la sécurité du magasin. Des images, enregistrées selon les enquêteurs le 7 avril 2026 puis rendues publiques le 2 mai, montrent un jeune homme frappé à plusieurs reprises à l’intérieur du supermarché, sous le regard de plusieurs personnes présentes. La séquence avait provoqué une onde de choc dans l’opinion et poussé les éléments du Groupement de gendarmerie territoriale du Mfoundi à ouvrir une enquête.
Olivier Mbessité



