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Cameroun : les déchets valent désormais de l’or

Avec sa feuille de route 2025-2035 sur l’économie circulaire, le Cameroun veut transformer montagnes de plastiques, pertes agricoles et rebuts urbains en emplois verts et en nouvelle arme de survie pour les communautés locales.

Instant de la réception de la feuille de route au Minepat

Le constat de départ ressemble à une photographie brutale du quotidien camerounais. Chaque année, le pays produit environ six millions de tonnes de déchets, dont moins de 10 % sont recyclés. À cela s’ajoutent 1 300 tonnes de plastique générées chaque jour et près de 4,5 millions de tonnes de pertes post-récolte dans l’agriculture. Des montagnes de détritus dans les quartiers urbains, des caniveaux étouffés par les sachets plastiques, des récoltes abandonnées faute de transformation : au Cameroun, l’économie linéaire finit souvent dans les rues ou dans les champs.

La feuille de route élaborée avec l’appui technique de la Banque africaine de développement veut rompre avec ce modèle du gaspillage permanent. Agro-industrie, gestion des déchets, plastique, forêt et bois : les autorités misent sur ces quatre secteurs pour créer une économie capable de produire, recycler et réutiliser localement. Transformer les rebuts en ressources et les crises écologiques en opportunités économiques.

Dans les quartiers populaires de Yaoundé, Douala ou Bafoussam, cette perspective suscite autant d’espoir que de prudence. Car les habitants savent une chose : les politiques publiques ambitieuses arrivent souvent avec fracas avant de disparaître dans le silence administratif. Pourtant, sur le terrain, des initiatives communautaires existent déjà. À Mokolo, des jeunes récupèrent les bouteilles plastiques pour les revendre à des unités de recyclage artisanales. À Bafoussam, des coopératives féminines transforment des déchets organiques en compost pour les cultures maraîchères. Dans certaines localités du Sud, des artisans réutilisent les chutes de bois pour fabriquer meubles et objets domestiques.

Ces expériences racontent une réalité ignorée par les grands sommets climatiques : l’économie circulaire n’est pas une invention importée. Dans de nombreux villages camerounais, réparer, réutiliser et transformer relève déjà d’un réflexe économique né de la débrouille. La nouveauté consiste à structurer ces pratiques afin qu’elles deviennent des filières capables de générer des revenus stables.

Le gouvernement promet des milliers d’emplois verts et une autonomisation économique des jeunes et des femmes. Dans un pays où le chômage frappe durement les diplômés, la promesse attire. Mais les communautés locales attendent des centres de tri, des financements accessibles, des formations techniques et des débouchés réels. Sans infrastructures ni marchés organisés, la transition écologique risque de rester un slogan élégant accroché aux murs des ministères.

Autre défi …
La question culturelle. Trier ses déchets ou réduire l’usage du plastique ne s’impose pas par décret. Dans plusieurs villes, les populations dénoncent l’absence de poubelles publiques et l’irrégularité de la collecte. Le sachet plastique demeure l’emballage le moins cher. Demander aux ménages de changer leurs comportements sans solutions alternatives reviendrait à transformer l’écologie en punition sociale.

Malgré ces limites, le lancement de cette feuille de route marque un tournant politique. Pour la première fois, le Cameroun tente de penser environnement et économie comme une même équation. Reste à savoir si cette révolution verte quittera les salons institutionnels pour atteindre les quartiers, les villages et les marchés où se joue la bataille écologique du pays.

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