Cameroun-BEAC : la diplomatie monétaire cherche sa ligne directe
Entre prudence institutionnelle et nécessité de parler d’une seule voix dans une sous-région secouée par les urgences économiques, le Cameroun et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) remettent une pièce dans la machine du dialogue permanent.

Le décor était feutré, le langage mesuré, mais l’enjeu, lui, n’avait rien d’anodin. Mardi 26 mai 2026, au ministère des Relations extérieures (MINREX) à Yaoundé, Oumarou Chimoun a reçu Engonga Obiang Eyang, patron administratif de la BEAC. Une audience sobre dans la forme, mais révélatrice d’une inquiétude silencieuse : celle d’une sous-région qui cherche encore le bon tempo entre diplomatie, finance et intégration.
Officiellement, les deux responsables ont parlé de « consolidation de la collaboration » entre le Minrex et la banque centrale communautaire. Une formule classique dans le lexique administratif, souvent utilisée pour dire beaucoup sans trop en dévoiler. Mais derrière les mots polis se dessine une réalité plus rugueuse. Inflation persistante, tensions budgétaires, dépendance aux matières premières, circulation laborieuse des capitaux : la CEMAC continue d’avancer avec le frein à main légèrement relevé.
Dans ce contexte, la BEAC n’est plus seulement une institution technique chargée de surveiller les billets et les réserves de change. Elle devient progressivement un acteur diplomatique à part entière. Et le Cameroun, locomotive économique autoproclamée de la sous-région, entend visiblement garder un œil attentif sur la trajectoire du navire monétaire commun.
Les échanges entre les deux hommes ont également débouché sur un accord de principe : maintenir un mécanisme de concertation permanente. Dit autrement, éviter que les discussions entre diplomates et argentiers ne se limitent aux visites de courtoisie accompagnées de poignées de main photographiées. Car dans l’espace CEMAC, les crises circulent parfois plus vite que les décisions communautaires.
Coordination
Yaoundé, certains observateurs y voient le signe d’une volonté de coordination plus étroite entre politique extérieure et gouvernance financière. D’autres parlent surtout d’une nécessité pratique : lorsque les économies tanguent, les institutions apprennent soudain à se téléphoner plus souvent.
Une chose est sûre : dans les couloirs climatisés des administrations centrales, le mot « concertation » revient désormais avec l’insistance d’un refrain. Reste à savoir si cette musique institutionnelle produira enfin autre chose qu’un simple bruit de fond bureaucratique. Entre la prudence des communiqués et l’urgence des réalités économiques, chacun sait désormais qu’en Afrique centrale, même les silences institutionnels coûtent cher.
Ongoung Zong Bella



