Viols et meurtres sur les mineurs : Face à l’horreur, la société réclame une justice qui frappe fort
L’affaire Joyce Nawal ravive une colère profonde. Au-delà de l’émotion, les Camerounais expriment une exigence grandissante : voir les auteurs de crimes contre les enfants sanctionnés avec rapidité et fermeté.

Ce n’est plus seulement de l’indignation. C’est une soif de justice.
Depuis plusieurs jours, l’affaire du présumé viol de la petite Joyce Nawal, élève à la maternelle du Groupe scolaire bilingue La Gloire Olympique à Odza, mobilise l’opinion publique. Les manifestations organisées devant l’établissement scolaire, les appels à la vérité relayés sur les réseaux sociaux et la forte implication des autorités traduisent une émotion nationale. Mais derrière cette mobilisation se cache une autre réalité : une population de plus en plus exaspérée par la répétition des crimes commis contre les enfants.
Au Cameroun, les affaires de viols, d’assassinats et de violences sexuelles sur mineurs s’accumulent à un rythme qui alarme les familles. Chaque nouveau dossier semble rouvrir les blessures des précédents. Chaque enquête annoncée réveille les souvenirs de procédures dont l’issue demeure floue dans l’esprit du public.
Résultat : une partie de l’opinion n’attend plus seulement l’ouverture d’enquêtes. Elle réclame des condamnations visibles, rapides et exemplaires.
Le 28 mai dernier, lorsque des manifestants ont investi les abords du Groupe scolaire bilingue La Gloire Olympique, ce n’était pas uniquement pour soutenir une victime présumée. C’était également pour exprimer une lassitude collective face à des drames devenus trop fréquents.
L’intervention du sous-préfet de Yaoundé IV, Akondi Elvis Mbahagwen, puis la descente sur le terrain du ministre de l’Education de base, du ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille et du gouverneur de la région du Centre, ont témoigné de la sensibilité du dossier.
À l’issue d’une réunion de crise, le ministre de l’Education de base, le Pr. Laurent Serge Etoundi Ngoa, a promis que les responsabilités seraient établies et que les sanctions prévues par la loi seraient appliquées le cas échéant.
Des déclarations qui ont été accueillies favorablement, mais qui ne dissipent pas totalement les inquiétudes.
Dans les quartiers de Yaoundé, nombreux sont les parents qui estiment que le problème dépasse désormais le cadre d’une affaire particulière. Ils dénoncent un phénomène devenu récurrent et réclament une réponse institutionnelle plus forte.
L’affaire Divine Mbarga reste à cet égard un traumatisme national. La fillette de onze ans avait été violée puis assassinée à Nkoabang. Quelques mois plus tard, le meurtre du bébé Mathis à Ngoa-Ekelle provoquait une nouvelle onde de choc. En mars dernier, la mort tragique de la petite Tsaga Amélie à Douala replongeait l’opinion dans l’émotion et la colère.
À chaque fois, les mêmes questions reviennent : où en sont les procédures ? Quels ont été les verdicts ? Les peines prononcées sont-elles à la hauteur de la gravité des actes commis ?
Cette demande de justice se nourrit d’un sentiment largement partagé : celui d’une insuffisante visibilité des sanctions.
Pour de nombreux citoyens, la véritable dissuasion ne réside pas seulement dans l’existence des lois, mais dans leur application rapide et rigoureuse. Ils estiment que lorsque les procédures s’étirent dans le temps, les auteurs potentiels de crimes peuvent avoir le sentiment que les risques encourus restent limités.
Cette perception explique en partie la radicalisation des discours observés ces derniers jours. Sur les réseaux sociaux comme dans les débats publics, certains réclament un durcissement des peines contre les auteurs de violences sexuelles sur mineurs. D’autres demandent des juridictions spécialisées ou encore des procédures accélérées lorsque les victimes sont des enfants.
Le Révérend Alain Foué, parent d’élève, résume ce climat de tension. Selon lui, l’État doit envoyer un signal fort afin d’éviter que la population ne perde confiance dans les institutions chargées de rendre la justice.
Derrière ces prises de position parfois virulentes se cache une réalité simple : les enfants représentent ce que la société a de plus précieux. Lorsqu’ils sont victimes de violences extrêmes, c’est tout le contrat social qui semble remis en question.
La récente affaire impliquant un instituteur accusé d’abus sexuels sur plusieurs enfants à Meyo, dans l’arrondissement de Yaoundé IV, n’a fait qu’accentuer cette inquiétude. Le fait que les auteurs présumés puissent être des personnes investies d’une mission éducative ou de protection nourrit davantage encore la demande de fermeté.
Les experts de la protection de l’enfance rappellent cependant que la répression, aussi nécessaire soit-elle, ne saurait constituer l’unique réponse. Ils plaident également pour le renforcement des mécanismes de prévention, la sensibilisation des familles, l’accompagnement psychologique des victimes et l’amélioration des dispositifs d’alerte.
Mais dans l’immédiat, c’est bien la question de la sanction qui domine le débat public.
À Yaoundé, comme dans d’autres villes du pays, une conviction semble gagner du terrain : les discours de compassion ne suffisent plus. Les populations attendent désormais des résultats concrets, des procédures abouties et des décisions judiciaires capables de restaurer la confiance.
L’affaire Joyce Nawal pourrait ainsi devenir bien plus qu’un simple dossier judiciaire. Elle est en train de cristalliser une revendication nationale : celle d’une justice forte, visible et dissuasive face aux crimes commis contre les enfants.
Car lorsqu’une société commence à douter de sa capacité à protéger ses plus jeunes citoyens, elle finit inévitablement par exiger que la justice parle plus fort que les bourreaux.
Olivier Mbessité



