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Financement du secteur privé : la CNPS plaide pour un choc de prévisibilité

Dans une sortie récente à Yaoundé, le DG de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) a tiré la sonnette d’alarme et appelle l’État à rompre avec l’imprévisibilité normative qui fragilise l’investissement privé.

Siège Central de la CNPS à Yaoundé

À l’occasion de la 4e édition de la Finance Week tenue à Yaoundé, le directeur général de la CNPS, Noël Alain Olivier Mekulu, a livré une intervention particulièrement offensive sur les conditions de financement du secteur privé au Cameroun et, plus largement, dans l’espace CEMAC. Dans un contexte où les États cherchent à mobiliser davantage de ressources internes tout en stimulant l’investissement productif, son diagnostic met en lumière un paradoxe persistant : la volonté d’accroître les recettes publiques finit, selon lui, par fragiliser la confiance des investisseurs.

D’emblée, le DG de la CNPS a pointé ce qu’il qualifie d’« impasse administrative », un ensemble de rigidités et d’incertitudes qui freinent la dynamique d’investissement. « Il faut réduire l’incertitude administrative, réduire cette impasse. Il ne faut pas que ceux avec qui nous intervenons aient une quelconque hésitation quant au sort de leur investissement », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’un cadre plus lisible et plus stable pour les opérateurs économiques.

Au cœur de son propos, une critique à peine voilée de la volatilité normative. Pour le dirigeant de l’institution de prévoyance sociale, la multiplication des ajustements réglementaires, parfois dictés par des impératifs budgétaires de court terme, constitue un facteur majeur de désengagement du capital privé. « Il ne faut pas que la réglementation change d’une année à l’autre parce que l’État a besoin d’argent », a-t-il lancé, estimant que cette logique crée une « incertitude totale pour les investisseurs ».
Dans une formule particulièrement commentée, Noël Alain Olivier Mekulu dépeint un État tentaculaire, capable d’absorber les marges de manœuvre économiques comme « une éponge » lorsque les ressources viennent à manquer. Une image forte qui traduit une inquiétude plus structurelle : celle d’une fiscalité perçue comme opportuniste, et donc difficilement anticipable par les acteurs économiques.

Au-delà du diagnostic, le responsable de la CNPS appelle à un changement de paradigme fondé sur la stabilité et la prévisibilité. Il insiste notamment sur la notion de retour sur investissement (TRI), centrale dans les décisions des investisseurs institutionnels et privés. « On devrait pouvoir se projeter sur une durée raisonnable du TRI », a-t-il expliqué, rappelant que les projets économiques s’inscrivent dans des horizons longs, souvent compris entre cinq et quinze ans.
Dans cette logique, il plaide pour une forme de contrat implicite de stabilité entre l’État et les investisseurs : « Si l’État a admis qu’un business plan prévoit une rentabilité sur 5, 10 ou 15 ans, il doit préserver ce cadre sur la même durée », affirme-t-il, estimant que la crédibilité des politiques publiques dépend directement de leur continuité.

Cette prise de position intervient dans un contexte régional marqué par une forte compétition pour les capitaux, mais aussi par des besoins croissants de financement des économies publiques. Entre impératifs de mobilisation fiscale et nécessité de soutenir l’investissement productif, l’équilibre apparaît de plus en plus difficile à trouver.
En filigrane, l’intervention du DG de la CNPS pose une question centrale : comment concilier souveraineté budgétaire et attractivité économique sans alimenter un climat d’incertitude ? Pour Noël Alain Olivier Mekulu, la réponse réside dans une discipline normative stricte et une prévisibilité assumée de l’action publique.
Une exigence qui, si elle venait à être suivie, pourrait redessiner en profondeur les rapports entre l’État, les institutions de prévoyance et le secteur privé, dans une économie camerounaise encore en quête de stabilité structurelle.

Ongoung Zong Bella

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