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BEAC : sous la peau des chiffres, le cœur des hommes

À la Banque des États de l’Afrique Centrale, Yvon Sana Bangui célèbre le travail sans emphase inutile : chiffres maîtrisés, promesses calibrées, et une vérité nue – derrière la stabilité monétaire de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale, ce sont des femmes et des hommes qui tiennent la ligne, coûte.

Quelques employés de la BEAC sur la scène de la célébration du travail

Sous les ors feutrés de la Banque des États de l’Afrique Centrale, le 1er mai n’a rien d’une simple formalité calendaire. À la tribune, Yvon Sana Bangui ne célèbre pas seulement la liturgie du travail : il en redessine les contours, entre mémoire ouvrière et discipline monétaire. Le ton est posé, presque grave, comme pour rappeler que derrière les chiffres sages, il y a une mécanique humaine qui tient l’édifice debout.

Le Gouverneur convoque d’abord l’histoire. Le 1er mai, ses luttes, ses morts, ses conquêtes. Puis il ramène tout à l’essentiel : ici, à la BEAC, le travail n’est pas un slogan, mais une variable stratégique. Une pièce dans l’engrenage délicat de la stabilité monétaire de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale. Traduction : sans rigueur quotidienne, pas de franc qui tienne.
Les chiffres, eux, tombent comme des bulletins météo rassurants dans un climat mondial agité. Croissance à 2,4 %, inflation contenue à 2,2 %, réserves qui tiennent plus de quatre mois d’importations. Rien de spectaculaire, mais une ligne qui ne rompt pas. Dans un monde secoué par les tensions géopolitiques et les soubresauts des matières premières, la BEAC joue la carte de la continuité. Une stabilité presque austère, mais revendiquée.

En coulisses, quelques gestes politiques. Le Comité ministériel de l’UMAC valide les comptes 2025 et lâche une gratification de fin d’année. Signal discret mais lisible : l’effort sera reconnu, à condition qu’il reste collectif. Dans le même souffle, la maison annonce des retouches internes : textes statutaires à revisiter, point indiciaire à interroger. Rien de révolutionnaire, mais une promesse de réglage fin.

Et puis il y a le sang neuf. Trente-neuf nouveaux profils, estampillés « auditeurs », débarquent dans la machine. Le Gouverneur les salue sans lyrisme excessif, mais avec une attente claire : apprendre vite, transmettre ensuite. Car ici, la mémoire professionnelle compte autant que les tableaux Excel.

Au-dessus de tout cela plane un acronyme : PSB 2026-2030. Une feuille de route, ou une boussole, selon la formule officielle. Stabiliser, moderniser, numériser, former. Le vocabulaire est connu, presque globalisé. Mais l’enjeu, lui, reste local : tenir la baraque monétaire de six États aux économies fragiles et interdépendantes.

En clôture, Sana Bangui lâche une phrase qui sonne comme un rappel à l’ordre autant qu’un manifeste : « Vous êtes la BEAC. » Pas les murs, pas les textes. Les femmes et les hommes. Une manière de dire que, derrière la technicité, la banque centrale reste une affaire profondément humaine. Et que la stabilité, au fond, commence toujours par là.

Jean-René Meva’a Amougou

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