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En zone Cemac : la croissance ne manque pas d’argent… mais de GPS

À la Finance Week 2026, Afriland First Bank rappelle que l’investissement privé en Afrique centrale ne souffre pas d’un manque d’ambition, mais d’un trio de blocages très terrestres : un environnement économique imprévisible, une épargne mal canalisée et une information encore trop brouillonne pour guider les décisions.

En zone Cemac, l’investissement privé ressemble parfois à un véhicule bien motorisé lancé sur une route mal balisée. Le carburant existe, les conducteurs aussi, mais le GPS économique hésite encore entre brouillard réglementaire et panneaux contradictoires. À la Finance Week 2026, organisée à Yaoundé, Afriland First Bank a choisi de dire tout haut ce que beaucoup d’acteurs murmurent tout bas : sans trois conditions de base, la transformation économique restera un chantier en attente.

Première exigence, presque triviale en apparence mais décisive en pratique : un environnement économique lisible. Autrement dit, des règles stables, des politiques cohérentes et une prévisibilité minimale. Car investir sur vingt ans dans un contexte où les règles changent plus vite que les taux d’intérêt relèvent davantage de la foi que de la stratégie. Un dirigeant de la banque résume, non sans ironie : « On ne peut pas demander au privé de piloter à vue avec des politiques publiques en brouillard intermittent ».
Deuxième pilier : la mobilisation de l’épargne locale. Ici, le diagnostic est connu mais persistant. L’Afrique centrale dispose de ressources financières dormantes, souvent mal orientées ou sous-utilisées. L’enjeu n’est donc pas seulement de collecter l’épargne, mais de la transformer en investissements productifs.

En clair, faire en sorte que les comptes bancaires cessent d’être des parkings et deviennent des moteurs. « L’argent existe, il voyage juste trop peu », glisse un analyste financier présent à la rencontre.
Troisième exigence, plus discrète mais tout aussi structurante : la qualité de l’information économique. Sans données fiables, les marchés avancent à tâtons. Et sans visibilité, les investisseurs hésitent. C’est ici que la presse économique et les systèmes statistiques jouent un rôle crucial, parfois sous-estimé. Une information floue produit des décisions prudentes ; une information claire stimule l’audace. Entre les deux, toute une économie peut changer de trajectoire.

Le constat d’Afriland First Bank n’est pas nouveau, mais sa formulation tranche par sa simplicité. Il ne s’agit pas d’un manque de capitaux, ni d’un déficit d’idées, mais d’un problème d’écosystème. Trois variables mal calibrées suffisent à ralentir une dynamique régionale pourtant prometteuse.

Dans les couloirs de la conférence, certains participants ont souri à cette mise en équation presque scolaire d’un problème complexe. Mais derrière l’humour discret, une réalité s’impose : la zone Cemac cherche encore son modèle d’investissement efficace, entre ambitions industrielles et contraintes structurelles.

Reste une évidence, rappelée en filigrane par les échanges : le secteur privé ne peut pas jouer les chefs d’orchestre si la partition économique change en permanence. Et la croissance, elle, n’attend pas indéfiniment qu’on accorde les instruments.
Au final, la Finance Week 2026 aura au moins eu le mérite de poser les bonnes questions. Quant aux réponses, elles, restent suspendues à une équation simple mais exigeante : stabilité + épargne mobilisée + information fiable = investissement durable. Une formule qui, en zone CEMAC, reste encore en phase de démonstration.

JRMA

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