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Afrique : la BAD et Davos lancent l’assaut contre le désert des capitaux

Face à un déficit de financement de plusieurs centaines de milliards de dollars, la Banque africaine de développement et le Forum économique mondial veulent transformer les économies africaines les plus fragiles en nouvelles frontières de l’investissement privé.

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Faire de la fragilité un terrain d’investissement plutôt qu’un motif de fuite des capitaux. C’est l’ambition affichée par la Banque africaine de développement (BAD) et le Forum économique mondial (FEM), qui ont choisi Brazzaville pour lancer une nouvelle offensive destinée à attirer les financements privés vers les économies africaines les plus vulnérables.

Derrière cette initiative se cache un paradoxe devenu familier. L’Afrique concentre près d’un cinquième de la population mondiale, d’immenses ressources naturelles et une démographie parmi les plus dynamiques de la planète. Pourtant, elle demeure marginale dans les flux mondiaux de capitaux privés. Les investissements directs étrangers y restent faibles, tandis que les fonds de pension, assureurs et autres investisseurs institutionnels continuent de privilégier des marchés jugés plus sûrs.

Pour les promoteurs de la nouvelle feuille de route baptisée « Humanitarian and Resilience Investing Roadmap for Africa », le problème ne réside pas uniquement dans les performances économiques des pays concernés. Il tient aussi à une perception du risque souvent plus forte que la réalité. Conflits, instabilité politique, faiblesse des infrastructures financières ou encore vulnérabilité climatique alimentent une prime de risque qui renchérit le coût du capital et décourage les investisseurs.

Celui de la BAD et du FEM est donc clair : réduire cette distance entre perception et réalité. Comment ? En utilisant les ressources publiques et les mécanismes de garantie comme catalyseurs capables d’absorber une partie du risque et de rassurer les acteurs privés. Une logique désormais bien connue dans les milieux financiers sous le nom de « finance mixte », qui consiste à associer argent public et capitaux privés pour financer des projets de développement.

Cette stratégie intervient à un moment charnière pour le continent. Plusieurs États africains font face à une contraction des marges budgétaires, à l’alourdissement du service de la dette et à une baisse relative de certaines aides internationales. Dans le même temps, les besoins explosent. Les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la santé ou encore l’adaptation au changement climatique nécessitent des centaines de milliards de dollars d’investissements supplémentaires chaque année.

Projets
Pour les institutions panafricaines, il devient donc impératif de changer d’échelle. Les ressources publiques ne suffisent plus. La mobilisation du secteur privé apparaît désormais comme une condition incontournable pour financer la transformation économique du continent.

Les premiers projets Pilotes engagés au Liberia, en Somalie, à Djibouti ou encore au Mozambique serviront de laboratoire. Ils devront démontrer qu’il est possible de générer des rendements attractifs tout en contribuant à la stabilité économique et sociale de pays souvent considérés comme trop risqués.

Au-delà des montages financiers, l’initiative porte également une ambition politique. Elle vise à modifier le récit dominant sur l’Afrique. Plutôt que de présenter les États fragiles comme des espaces d’assistance permanente, les promoteurs du programme veulent les repositionner comme des marchés émergents capables d’offrir des opportunités de croissance à long terme.

Défi
Il reste immense. Car convaincre les investisseurs suppose non seulement des garanties financières, mais aussi des progrès en matière de gouvernance, de transparence et de sécurité juridique. Autant de conditions indispensables pour transformer les promesses de Brazzaville en flux réels de capitaux.

La BAD, désormais dirigée par Sidi Ould Tah, joue une partie importante de sa crédibilité dans cette bataille. Si l’initiative réussit, elle pourrait contribuer à redessiner la carte des investissements en Afrique. Dans le cas contraire, le continent continuera de voir une grande partie de l’épargne mondiale contourner les marchés qui en ont pourtant le plus besoin.

Jean-René Meva’a Amougou

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