DGI-ISSEA : quand la statistique rencontre le fisc
Face aux défis de la transformation numérique et de la gouvernance fondée sur les données, les deux institutions ont scellé une alliance stratégique pour façonner les compétences qui feront l’État de demain.

Il est des signatures qui passent inaperçues et d’autres qui racontent une époque. Celle apposée à Yaoundé, le 29 mai dernier, par les responsables de l’Institut Sous régional de Statistique et d’Économie Appliquée (ISSEA) et de la Direction générale des Impôts (DGI) du Cameroun appartient à cette seconde catégorie. Parce qu’elle dit quelque chose de l’Afrique centrale qui se construit. Une Afrique qui comprend que les défis du XXIe siècle ne se gagneront ni par l’improvisation ni par les recettes du passé, mais par l’investissement dans l’intelligence humaine.
Dans les économies modernes, la richesse ne se mesure plus uniquement à l’abondance des ressources naturelles. Elle repose désormais sur la capacité des institutions à produire de la connaissance, à exploiter les données et à transformer l’information en décisions efficaces. Les États qui réussiront seront ceux qui sauront attirer, former et retenir les compétences capables d’accompagner cette révolution silencieuse.
C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit le rapprochement entre l’ISSEA et la DGI. L’accord signé ouvre la voie à un partenariat ambitieux centré sur la formation, le transfert de compétences et l’accompagnement technique. Son objectif est clair : préparer une nouvelle génération d’experts aptes à répondre aux exigences croissantes de la gouvernance moderne.
L’administration fiscale se trouve aujourd’hui au cœur de mutations profondes. Les outils numériques redessinent les procédures, les plateformes dématérialisées remplacent progressivement les guichets traditionnels et l’exploitation intelligente des données devient un puissant levier de mobilisation des recettes publiques. Dans cet environnement en constante évolution, les compétences constituent la première ressource stratégique.
Pour relever ce défi, l’ISSEA mobilisera l’ensemble de son expertise. Statistique, économie appliquée, intelligence artificielle, science des données, modélisation quantitative : autant de domaines devenus essentiels à la conduite efficace de l’action publique. L’ambition n’est pas seulement de former des techniciens. Elle consiste à façonner des décideurs capables d’interpréter les réalités économiques, d’anticiper les tendances et d’éclairer les choix stratégiques des administrations.
Cette coopération illustre également une conviction de plus en plus forte au sein des institutions africaines : le développement durable des États passe d’abord par le renforcement du capital humain. Les infrastructures peuvent être construites en quelques années. Les compétences, elles, exigent du temps, de la méthode et une vision à long terme.
Pour l’ISSEA, dont la réputation dépasse largement les frontières camerounaises, ce partenariat vient confirmer son statut d’institution de référence au sein de la CEMAC. Depuis plusieurs décennies, l’établissement forme des cadres supérieurs qui participent à la conduite des politiques économiques, financières et statistiques dans l’ensemble de la sous-région.
Mais au-delà des chiffres et des programmes de formation, cette signature possède une portée symbolique particulière. Elle témoigne de la volonté de rapprocher davantage le monde académique des réalités administratives. Longtemps, les universités ont produit des savoirs que les institutions peinaient parfois à valoriser pleinement. Aujourd’hui, les frontières s’estompent. La recherche nourrit l’action publique, tandis que les besoins des administrations orientent les nouvelles offres de formation. Dans une époque où la donnée est souvent qualifiée de « nouveau pétrole », l’ISSEA et la DGI font le pari que la véritable valeur ne réside pas dans l’information elle-même, mais dans la capacité à l’interpréter avec rigueur et intelligence.
À travers cette alliance, les deux institutions envoient un message fort : la modernisation de l’État commence par la formation des femmes et des hommes qui le servent. Un pari sur la compétence, mais aussi sur l’avenir. Car les administrations les plus performantes de demain seront celles qui auront compris que la connaissance demeure le plus sûr des investissements.
Bobo Ousmanou



