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Mora-Kousseri : la renaissance d’un corridor vital pour l’Extrême-Nord

Après plusieurs années d’interruption liées à l’insécurité et à l’abandon des chantiers, les travaux de reconstruction de la route Mora-Dabanga-Kousseri ont été officiellement relancés le 28 mai à Waza. Pour les populations du Mayo-Sava et du Logone-et-Chari, ce projet de 198 milliards de FCFA représente bien plus qu’une infrastructure routière : il incarne l’espoir d’un désenclavement durable et d’une relance économique attendue depuis longtemps.

Personnalités politiques à Waza

Sous un soleil déjà écrasant, la place des fêtes de Waza a accueilli mercredi dernier une foule inhabituelle. Chefs traditionnels, élus locaux, commerçants, transporteurs et simples habitants se sont réunis pour assister au lancement officiel des travaux de reconstruction de l’axe Mora-Dabanga-Kousseri, présidé par le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi. Dans cette partie de l’Extrême-Nord, la route nationale N°1 n’est pas un simple ruban d’asphalte. Elle constitue la principale artère reliant les localités frontalières au reste du pays et au corridor commercial stratégique Douala-N’Djamena. « Pendant la saison des pluies, nous pouvions passer des heures, parfois une journée entière, bloqués dans les bourbiers », raconte Mahamat Abdoulaye, chauffeur de camion rencontré à proximité du site de la cérémonie. « Les coûts de transport augmentaient et les marchandises arrivaient souvent détériorées ».

Le projet concerne la reconstruction complète de 205 kilomètres de route entre Mora, Dabanga et Kousseri. À cela s’ajoutent la construction du pont de Tildé et l’aménagement d’une voie de contournement de Kousseri sur 7,5 kilomètres. Le coût global est estimé à 198 milliards de francs CFA, complétés par 45 milliards mobilisés dans le cadre du Projet d’amélioration de la connectivité, de la résilience et de l’inclusion dans la région de l’Extrême-Nord (PACRI). Lors de son allocution, le ministre des Travaux publics a rappelé les difficultés ayant conduit à l’arrêt des précédents chantiers. « Les attaques répétées de Boko Haram avaient fortement perturbé l’exécution des travaux et contraint plusieurs entreprises à suspendre leurs activités », a-t-il expliqué, tout en assurant que les conditions étaient désormais réunies pour une reprise effective des opérations.
Le maire de Waza, Ibrahim Mohamed, voit dans ce lancement « l’aboutissement d’une longue attente ». Selon lui, les populations locales ont payé un lourd tribut à la dégradation de cette infrastructure essentielle.

Au marché de Dabanga, les commerçants suivent le projet avec attention. Assise derrière son étal de céréales, Aïssatou Moussa espère que la nouvelle route permettra de réduire les coûts d’approvisionnement. « Quand les camions mettent plusieurs jours pour arriver, les prix augmentent automatiquement. Nous espérons que cela va changer », confie-t-elle. Même attente chez les producteurs agricoles du Logone-et-Chari. Pour Moussa Ali, cultivateur de maïs à Makari, l’état de la route constituait un frein majeur à l’écoulement des récoltes. « Nous perdions beaucoup d’argent parce que les acheteurs hésitaient à venir jusqu’ici. Une bonne route peut transformer notre activité », affirme-t-il. Les enjeux concernent également l’accès aux services sociaux. Dans plusieurs localités traversées, les déplacements vers les centres de santé ou les établissements scolaires deviennent particulièrement difficiles durant l’hivernage.

Pour le politologue et spécialiste du développement territorial Salomon Jewa, la reconstruction de cet axe dépasse la seule question du transport. « Cette route joue un rôle stratégique dans l’intégration économique de l’Extrême-Nord et dans la consolidation de la présence de l’État dans une région confrontée depuis plus d’une décennie aux défis sécuritaires. Le désenclavement favorise non seulement les échanges commerciaux, mais également l’accès aux services publics et la cohésion territoriale », analyse-t-il.
Selon plusieurs acteurs économiques locaux, l’amélioration du corridor pourrait également renforcer les échanges avec le Tchad et le Nigeria, deux partenaires commerciaux majeurs pour les populations frontalières. Pour l’heure, les engins ont repris position le long du tracé. Les promesses sont nombreuses, mais dans les villages traversés, les habitants préfèrent attendre les premiers résultats visibles. « Nous avons entendu beaucoup d’annonces par le passé », glisse un notable de Waza. « Cette fois, nous voulons voir la route sortir de terre ».

Dans l’Extrême-Nord, où l’enclavement a longtemps nourri le sentiment de marginalisation, la réussite de ce chantier pourrait constituer bien plus qu’un projet routier : un signal fort de retour de l’investissement public au service des populations.

Tom.

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