A la uneINTÉGRATION RÉGIONALEMAIN COURANTE

Depuis Yaoundé, la CEMAC veut changer le destin de ses corridors

Pendant longtemps, les corridors d’Afrique centrale ont surtout servi à transporter des matières premières vers les ports.

Désormais, la CEMAC veut leur assigner une mission plus ambitieuse : fabriquer de la valeur avant même que les marchandises ne quittent la région. C’était tout l’enjeu de la cinquième édition du Pro Meet Up and Learn (PML5), ouverte le 1er juin dernier à Yaoundé, sous le thème évocateur des « corridors intégrateurs, catalyseurs de développement des chaînes de valeur sous régionales».

Au cours de travaux, le débat a rapidement dépassé les questions de transport. Il est devenu celui du modèle économique de l’Afrique centrale. Une région riche en pétrole, minerais, bois, terres agricoles et potentiel énergétique, mais qui continue d’exporter l’essentiel de ses ressources sans les transformer. Au nom du président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o, le vice-président Charles Assamba Ongodo a posé le diagnostic : l’intégration économique reste insuffisante et les économies de la sous-région peinent encore à fonctionner comme un véritable marché commun.

Pour inverser la tendance, la Commission défend désormais une nouvelle génération de corridors. Plus question de simples infrastructures de transit. L’objectif est de créer des espaces économiques capables de connecter les bassins de production, d’attirer les investissements industriels, de développer les filières régionales et de renforcer la souveraineté productive des États membres. Une orientation qui épouse les ambitions du futur Plan stratégique CEMAC 2026-2030, laquelle place l’industrialisation régionale et la transformation locale au cœur de son agenda.

À l’origine de cette rencontre, Carole Mbessa Elongo, présidente de Business Facilities Corporation, a rappelé que le PML se veut avant tout une plateforme opérationnelle au service des politiques publiques. Un lieu où les idées sont appelées à déboucher sur des projets concrets.

Même tonalité du côté de Mike Ogbalu, patron du PAPSS d’Afreximbank, venu défendre l’importance des mécanismes financiers et des systèmes de paiement africains dans la fluidification du commerce intra-africain.
Au-delà du cérémonial, le véritable test commencera après les discours. Les participants ambitionnent d’aboutir à une convention-cadre stratégique définissant filières prioritaires, mécanismes d’intervention et projets pilotes. Car pour la CEMAC, l’heure n’est plus seulement à construire des routes. Elle est à construire, autour d’elles, toute une économie régionale.

Rémy Biniou

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