La cérémonie de dédicace du livre “La Fiscalité camerounaise au scalpel” a permis une convergence d’idées sur la trajectoire à prendre pour une fiscalité productrice de valeur au Cameroun.

Dans un contexte où l’État a besoin, plus qu’hier, de moyens financiers; et où de grandes interrogations surgissent parmi les contribuables sur l’utilisation qui est faite de l’argent des impôts. Faire le diagnostic du système, interroger l’évolution du système fiscal national et ouvrir des pistes de réflexions sur les défis du pays, a semblé ces dernières années l’apanage des institutions et des porteurs de l’opinion. Alain Symphorien Ndzana Biloa, inspecteur principal des impôts hors échelle, brise l’omerta avec son ouvrage “La fiscalité camerounaise au scalpel” paru cette année 2026 aux éditions du Panthéon. Il en a fait la dédicace jeudi 24 septembre à Yaoundé. Ce qui a permis à un public de plus de 250 profils, qualifications et compétences de disséquer le sujet de la fiscalité camerounaise. Mais aussi de juger de la pertinence de sa contribution intellectuelle à cette problématique. “Ce qui fait la force de cet ouvrage c’est qu’il allie trois qualités rares : l’exhaustivité du chercheur, la précision du praticien et le courage du réformateur. Alain Symphorien Ndzana Biloa nous a entrainé dans l’univers de Venus, côté nuptial émotionnel, où le couple fisc-contribuable est allongé dans un lit fiscal qui comporte un matelas épais et un sommier articulé. Parfois, ils se tournent le dos, quelquefois, ils se regardent en chien de faïence et au final, tous les deux, dos sur le matelas épais, ils regardent l’univers pour scruter l’avenir et espérer aux lendemains meilleurs pour le développement de notre pays avec l’impôt”, apprécie le Pr Pierre Alaka Alaka, fiscaliste de haut rang.
Ce dernier fonde sa prose sur “la qualité” de l’analyse que présente l’auteur dans son ouvrage de 690 pages. Lequel procède par trois articulations pour livrer un travail d’inventaire et de diagnostic bâti sur le croisement de données chiffrées, de textes juridiques et d’expériences pratiques accumulées dans l’exercice de fonctions au sein de l’administration fiscale. “La problématique de l’impôt fait couler beaucoup d’encres et de salive. De bonne ou de mauvaise foi, certains en parlent avec des tabous, d’autres avec des fantasmes. Jusqu’ici la plupart des conclusions reposent sur des analyses parcellaires ou sommaires ne permettant ni de mesurer l’effort de contribution demandé aux Camerounais, ni d’évaluer notre système fiscal dans son ensemble. L’ambition ici affichée est, autant que peut se faire, de nourrir la réflexion ; en livrant une information large et approfondie sur la fiscalité et ses évolutions. Cet ouvrage permet au gouvernement de se mettre en conformité avec l’article 2 alinéa 3 de la Loi du 11 juillet 2018 portant code de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des finances publiques au Cameroun”, renseigne l’auteur Alain Symphorien Ndzana Biloa.
Ce dernier met ainsi en évidence les orientations du débat sur la fiscalité tel qu’il se présente sur l’espace public. Avec d’un côté le patronat camerounais qui crie à une fiscalité confiscatoire avec un cadre fiscal instable et un taux d’imposition global élevé tributaire d’une pression fiscale
faible. Le gouvernement, pour sa part, y répond en se défendant d’une fiscalité satisfaisante et efficace. Le Fonds monétaire international observe quant à lui une pression fiscale faible, une insuffisance de recettes des Collectivités territoriales décentralisées pour financer la demande des biens et services publics locaux, une corruption prononcée, une fiscalité complexe et un taux d’imposition élevé pour les entreprises formelles. L’inspecteur principal des impôts pointe du doigt une législation « poreuse » et « généreuse en exonérations ». Les chiffres pour en rendre compte font mention de 381 mesures dérogatoires en 2020, montées à 465 en 2022-2024. A cela s’ajoute un relent de « féodalisation » des régies fiscales. Dans un contexte notamment où chaque administration agit selon ses propres logiques plutôt que dans une architecture cohérente. Pour y voir clair, le livre « La fiscalité camerounaise au scalpel » présente.
Sa démarche, en trois étapes, dresse un inventaire complet du matelas fiscal camerounais, riche de près de 200 impôts, taxes et prélèvements divers. Une deuxième articulation se concentre sur l’analyse du cadre institutionnel de mobilisation des recettes. Enfin, une troisième partie, dédie son essence à l’auscultation d’une fiscalité à la croisée des chemins. L’auteur plaide pour une nécessaire modernisation de l’administration fiscale camerounaise. Il propose des réformes institutionnelles. Il appelle à performance de notre fiscalité, à un climat des affaires favorable aux mouvements de l’impôt. Il insiste pour sur une législation camerounaise dépoussiérée et une sincérité dans l’orientation des recettes fiscales massifiées volontairement par des recettes locales. En un mot « La fiscalité camerounaise au scalpel », se décline autour d’un idéal de performances fiscales adossées sur une pleine adhésion des populations.
Louise Nsana



