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Afrique centrale : l’ISS Africa dessine la feuille de route pour sauver l’or

L’or brille, mais son éclat masque une réalité beaucoup plus sombre. Au Cameroun comme en République démocratique du Congo (RDC), l’exploitation aurifère est devenue le révélateur des failles de la gouvernance publique.

Dans une étude publiée en juillet 2026, l’Institut d’études de sécurité (ISS Africa) décrit un secteur où l’État peine à imposer ses règles, laissant prospérer la contrebande, la corruption et les tensions sociales.

Au Cameroun, les pertes sont vertigineuses. Entre 2021 et 2025, près de 44 tonnes d’or auraient quitté clandestinement le pays vers Dubaï, contre seulement 148 kg déclarés officiellement. Le manque à gagner est estimé à 3,4 milliards de dollars. Pour l’ISS, cette fuite de richesse traduit l’incapacité des autorités à contrôler une filière dominée par des réseaux informels et des opérateurs bénéficiant de protections politiques.

Dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, où se concentrent les principaux gisements, des investisseurs étrangers, notamment chinois, exploitent de nombreux sites avec l’appui d’intermédiaires locaux. Les communautés dénoncent des terres agricoles détruites, des rivières polluées au mercure et une exclusion quasi-totale des retombées économiques.

En RDC, la situation est encore plus préoccupante. Dans les provinces orientales, où l’autorité de l’État est fragilisée, l’exploitation illégale de l’or alimente depuis des années les réseaux criminels. Depuis la prise de contrôle de Goma et Bukavu par l’Alliance Fleuve Congo/M23 au début de 2025, la surveillance gouvernementale s’est davantage affaiblie. L’or finance désormais des groupes armés, tout en enrichissant certains acteurs économiques et des segments des forces de sécurité, selon l’ISS.

Malgré des contextes différents, les deux pays présentent les mêmes fragilités : délivrance opaque des permis, faible application des normes environnementales, corruption, marginalisation des populations riveraines et absence de mécanismes efficaces de contrôle. Cette gouvernance défaillante favorise les conflits locaux, accélère la dégradation des écosystèmes et prive les finances publiques de ressources stratégiques.

Pour inverser la tendance, l’ISS Africa recommande des audits indépendants des activités minières, une réforme des procédures d’octroi des permis, un contrôle renforcé des exploitants et une implication directe des communautés dans la gouvernance des sites. À défaut, prévient l’institut, le métal jaune continuera de nourrir les économies parallèles plutôt que le développement du Cameroun et de la RDC.

Rémy. Biniou.

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