Au Burkina Faso, la souveraineté en marche

Sur instruction du procureur de la République, l’ancien ministre délégué au Budget, Justin Koné Katinan, était convoqué ce mercredi 9 septembre 2026 à la Préfecture de police d’Abidjan, à la suite d’une plainte déposée par le Rassemblement des Républicains (RDR), parti au pouvoir.

Cette convocation intervient après les propos tenus par le 4ᵉ vice-président du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) lors de la 52ᵉ tribune de son parti, le 3 septembre dernier.
À cette occasion, Justin Koné Katinan avait accusé le RDR d’être impliqué dans l’orpaillage clandestin, le trafic de drogue et le blanchiment d’argent.
Si ces accusations sont fausses, pourquoi ne pas simplement les réfuter publiquement ? Dans une démocratie digne de ce nom, une accusation politique, même grave, devrait pouvoir être confrontée à la preuve, au débat contradictoire et, si nécessaire, à la justice. La réponse à une accusation ne devrait pas être automatiquement la convocation, l’intimidation ou l’emprisonnement de celui qui parle.
La justice ne devrait jamais devenir un instrument destiné à faire taire les voix critiques. Si les propos de Justin Koné Katinan sont mensongers, qu’ils soient démontrés comme tels.
Ce qui inquiète davantage, c’est l’impression persistante que, dans notre pays, la critique du pouvoir peut rapidement être assimilée à une faute. Or, dans une démocratie, le pouvoir doit accepter la contradiction. Gouverner signifie aussi accepter d’être interrogé, critiqué et, parfois, sévèrement interpellé sur sa manière de gouverner.
On ne peut d’ailleurs pas oublier que les journaux proches du RDR ont, à maintes reprises, violemment critiqué, caricaturé et même insulté Laurent Gbagbo et les responsables de son camp. À l’époque, ces attaques faisaient partie du jeu politique. Pourquoi ce qui était considéré hier comme une expression légitime de la liberté de la presse deviendrait-il aujourd’hui intolérable lorsqu’il s’agit de critiquer le pouvoir en place ?
La démocratie ne peut fonctionner avec deux poids, deux mesures: la liberté d’expression pour les uns et la menace judiciaire pour les autres. Elle ne peut davantage reposer sur l’idée que ceux qui détiennent le pouvoir auraient tous les droits tandis que leurs adversaires devraient mesurer chacune de leurs paroles par peur d’une convocation ou d’une arrestation.
Le véritable test d’un régime démocratique est la manière dont il traite ceux qui le critiquent. Un pouvoir sûr de sa légitimité ne devrait pas avoir peur des paroles de ses adversaires. Il devrait leur répondre par des arguments, des résultats et des preuves.
Quant à cette prétendue « communauté internationale » dont le soutien permettrait à certains dirigeants africains de se croire éternellement à l’abri de toute reddition de comptes, l’Histoire nous enseigne qu’aucun soutien extérieur n’est éternel. Tout passe sur cette terre. Le pouvoir passe, les hommes passent, les partis passent. Mais les actes demeurent et l’Histoire finit toujours par demander des comptes.
Jean-Claude Djéréké



