Au cœur d’une approche

Dossier réalisé avec la collaboration et le soutien du Programme d’Appui à l’Integration Régionale en Afrique centrale ( PAIRAC)

L’Afrique centrale adore les cérémonies d’intégration. Les chefs d’État se retrouvent, les ministres négocient, les experts produisent des textes et les communiqués promettent des lendemains sans frontières économiques. Puis arrive l’addition. Soudain, l’enthousiasme communautaire se fait discret, les caisses se vident et la solidarité régionale découvre les charmes de la procrastination. C’est dans cette brèche que s’inscrit le Programme d’appui à l’intégration régionale et à l’investissement en Afrique centrale PAIRIAC, engagé autour de la zone de libre-échange et de l’union douanière. Son approche remet au centre une évidence trop souvent reléguée au bas des dossiers : l’intégration ne se décrète pas, elle se finance. La taxe communautaire d’intégration (TCI) de la CEMAC et la contribution communautaire d’intégration (CCI) de la CEEAC ne sont pas de simples lignes budgétaires. Elles conditionnent la capacité des institutions à mettre en œuvre leurs missions. Lorsque leur collecte ou leur reversement rencontre des difficultés, ce n’est pas seulement le fonctionnement administratif qui vacille. C’est toute la mécanique de l’intégration qui risque de tourner à vide.
Le PAIRIAC invite ainsi à regarder derrière les discours, là où se joue une partie décisive de l’avenir économique régional : dans les recettes réellement mobilisées, et non dans celles que les textes promettent.
L’approche du PAIRIAC déplace le débat. Le problème n’est pas seulement de supprimer les barrières commerciales, d’harmoniser les tarifs ou de proclamer l’avènement d’un vaste marché régional. Encore faut-il que les institutions disposent des moyens nécessaires pour accompagner ces transformations. Une union douanière ne fonctionne pas à coups de déclarations solennelles. Elle réclame des administrations opérationnelles, des mécanismes de contrôle, une coordination entre les États et une capacité à faire appliquer les règles communes. Tout cela coûte de l’argent. Or, le financement communautaire demeure tributaire de mécanismes nationaux de collecte et de reversement.
Le paradoxe est là : les États attendent de l’intégration qu’elle stimule les échanges, soutienne les économies et renforce leur poids collectif, mais la réalisation de cette ambition dépend de ressources dont la disponibilité n’est pas toujours garantie. Chacun veut les bénéfices du marché commun ; chacun doit aussi assumer sa part des obligations. La solidarité régionale ne peut devenir un buffet où tous viennent se servir tandis que quelques-uns seulement passent à la caisse. En mettant en perspective la zone de libre-échange et l’union douanière, le PAIRIAC souligne une réalité essentielle : l’intégration commerciale ne peut progresser durablement sans une architecture financière crédible. Sans transparence sur les montants prélevés, les sommes reversées et les éventuels arriérés, la confiance s’étiole. Et sans confiance, la discipline communautaire reste un vœu pieux.
Le PAIRIAC pose donc, en creux, une question de crédibilité politique. Il ne suffit plus d’empiler les stratégies et de célébrer les avancées réglementaires. Il faut mesurer les ressources mobilisées, vérifier leur reversement et apprécier les résultats obtenus. La réponse passe par une traçabilité renforcée de la TCI et de la CCI, des données publiques comparables et des mécanismes de suivi capables d’identifier les blocages. Elle exige également des institutions communautaires qu’elles rendent compte de l’utilisation des fonds reçus. La transparence ne saurait être une obligation à sens unique : les États doivent honorer leurs engagements, tandis que les institutions doivent démontrer leur efficacité.
L’objectif n’est pas de financer indéfiniment des structures, mais de leur donner les moyens d’obtenir des résultats concrets pour les entreprises et les populations. Le véritable test de cette approche n’est donc pas seulement technique. Il est politique : convaincre les États que financer l’intégration n’est pas consentir une faveur à des bureaucraties lointaines, mais investir dans un espace économique dont ils revendiquent les bénéfices. À force de vouloir une intégration à moindre coût, l’Afrique centrale risque de payer le prix fort de son immobilisme. Les frontières ont un tarif. L’inaction aussi.



