Bassin du Congo : la forêt change de cap, la COMIFAC prépare dix ans d’impact

À Yaoundé, les États d’Afrique centrale veulent transformer la protection du Bassin du Congo en stratégie économique de long terme.

Le Bassin du Congo change de feuille de route. Réunis les 17 et 18 septembre au siège de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), à Yaoundé, les acteurs de la gouvernance forestière sous régionale ont validé techniquement la troisième génération du Plan de convergence, couvrant la période 2026-2035. L’objectif est désormais de soumettre ce document stratégique à l’adoption du Conseil des ministres de la COMIFAC. Angola, Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo et Congo, parmi les États membres, sont directement concernés par cette nouvelle architecture de coopération autour des forêts et des écosystèmes du Bassin du Congo.
Héritage
Créée en 1999, la COMIFAC inscrit ainsi son action dans une continuité décennale. Après un premier Plan de convergence couvrant 2005-2015, puis une deuxième génération pour 2015-2025, le troisième document entend tirer les leçons d’une décennie marquée par l’accélération des pressions environnementales. Changement climatique, perte de biodiversité, déforestation et dégradation des écosystèmes imposent désormais de revoir les instruments de coopération. « Nous sommes présents ici au siège de la COMIFAC pour valider techniquement un document que nous avons préparé pour soumettre à l’adoption des Conseils des ministres », explique Hervé Martial Maidou, secrétaire exécutif de la COMIFAC. Le passage d’un plan à l’autre traduit moins une rupture qu’une adaptation aux transformations du contexte mondial.
Économie
Derrière la conservation, c’est aussi une équation économique qui se dessine. Le nouveau Plan de convergence doit servir de cadre de référence aux politiques forestières et environnementales des États membres, mais également soutenir la recherche et la mobilisation des financements. L’ambition affichée consiste à faire du secteur forestier un moteur de l’économie verte sans sacrifier le patrimoine naturel. La forêt n’est donc plus seulement envisagée comme un espace à protéger : elle devient un capital écologique, économique et social dont la valorisation doit rester compatible avec sa préservation. Cette approche suppose toutefois de mieux articuler les politiques nationales, les financements internationaux, la recherche et les besoins des populations qui vivent au contact des écosystèmes.
Gouvernance
Pour préparer cette troisième génération, la COMIFAC indique avoir associé les différents acteurs de la gestion et de la gouvernance des ressources forestières et environnementales. « Tous les acteurs de la gestion et de la gouvernance des ressources forestières environnementales sont impliqués dans la révision de ce document », rappelle Hervé Martial Maidou. La méthode vise à donner au texte une portée qui dépasse le simple cadre institutionnel. Le Plan doit devenir une boussole commune, capable d’orienter les interventions des États et de leurs partenaires. Mais cette convergence sur le papier devra désormais résister aux réalités nationales : capacités administratives inégales, besoins de financement, arbitrages économiques et impératifs de développement.
Défi
C’est précisément là que se jouera la prochaine décennie. Élaborer une stratégie régionale est une chose ; la transformer en projets, financements et résultats mesurables en est une autre. La troisième génération du Plan de convergence devra donc faire la preuve de son efficacité dans la durée. Pour la COMIFAC, le défi sera de maintenir le dialogue entre les États, de coordonner les interventions et de mobiliser les acteurs autour d’une vision commune. À Yaoundé, la forêt a changé de calendrier. Reste maintenant à faire coïncider les agendas, les financements et les actes. Car dans le Bassin du Congo, la protection du patrimoine naturel ne pourra durablement s’affranchir d’une question très économique : combien coûte l’inaction, et combien rapporte une forêt durablement préservée ?
Olivier Mbessité



