CEMAC : À l’heure de la canalisation rationnelle des ressources énergétiques
À Brazzaville, le 28 septembre dernier, l’APPO, la Commission de la CEMAC et le CABEF ont signé un protocole destiné à promouvoir un réseau régional de pipelines. Derrière cette mécanique de pétrole et de gaz, une ambition plus vaste : faire circuler l’énergie, réduire les pénuries et donner un peu de chair à une intégration régionale encore très administrative.

Le pétrole a beau couler sous les sols d’Afrique centrale, il ne circule pas toujours aussi facilement entre les pays. Même paradoxe pour le gaz et l’électricité : les ressources existent, mais les infrastructures permettant de les transporter et de les partager restent insuffisamment connectées. Dans cette région riche en hydrocarbures, le problème n’est donc pas seulement de produire. Il est aussi de faire parvenir l’énergie là où elle est nécessaire.
C’est tout l’enjeu du protocole signé mardi 28 septembre 2026 à Brazzaville entre l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), la Commission de la CEMAC et l’Association des experts de l’énergie d’Afrique centrale (CABEF). Le texte vise à promouvoir la construction d’un réseau régional de pipelines, avec pour objectif affiché de renforcer la coopération énergétique et de contribuer à réduire les pénuries dans la région.
Sur le papier, l’idée est aussi simple qu’un tuyau : relier davantage les espaces producteurs et les espaces consommateurs. Dans la réalité, le chantier est autrement plus compliqué. Un réseau régional suppose des infrastructures lourdes, des investissements considérables, des normes compatibles, une coordination entre États et des garanties de fonctionnement sur le long terme. Bref, pour faire couler l’énergie, il faut d’abord faire couler les financements.
Tuyaux
Le protocole réunit trois profils complémentaires. L’APPO porte la dimension pétrolière et la coopération entre producteurs africains. La CEMAC apporte le cadre communautaire d’une région où les frontières économiques compliquent encore la circulation des ressources. Le CABEF, de son côté, représente l’expertise spécialisée du secteur énergétique. Leur rapprochement traduit donc une volonté de traiter la question des infrastructures à une échelle qui dépasse les seuls intérêts nationaux.
Le défi est de taille. Un pipeline n’est pas seulement une conduite métallique enterrée sur plusieurs centaines de kilomètres. C’est une infrastructure qui peut modifier les circuits d’approvisionnement, rapprocher les marchés, soutenir les activités industrielles et donner davantage de valeur aux ressources extraites dans la région. Encore faut-il qu’elle soit effectivement construite et exploitée.
Car l’Afrique centrale connaît une vieille difficulté : celle de la juxtaposition des richesses et des réseaux. Les ressources peuvent être abondantes dans un pays tandis que les besoins énergétiques restent importants chez le voisin. Sans interconnexion, la proximité géographique ne suffit pas. Le pétrole ne franchit pas les frontières par courtoisie et le gaz ne connaît pas, lui non plus, les subtilités des communiqués diplomatiques.
Intégration
Le projet de réseau régional de pipelines prend ainsi une dimension qui dépasse la seule industrie pétrolière. Il touche directement à la question de l’intégration économique. Faire circuler davantage l’énergie, c’est aussi créer les conditions d’une circulation accrue des activités économiques qui en dépendent.
Mais la signature d’un protocole n’est évidemment pas l’achèvement du chantier. Elle en constitue une étape institutionnelle. Il faudra ensuite déterminer les tracés, mobiliser les capitaux, sécuriser les infrastructures, harmoniser les cadres réglementaires et répartir les responsabilités. C’est souvent là que les grands projets régionaux rencontrent leur véritable test : entre l’ambition commune et la facture à payer.
À Brazzaville, l’APPO, la CEMAC et le CABEF ont donc posé le principe d’un rapprochement énergétique plus structuré. Le défi sera désormais de transformer cette volonté en kilomètres de pipelines.
Car l’Afrique centrale ne manque pas seulement d’énergie. Elle manque aussi de tuyaux pour la faire circuler. Et, dans cette histoire, le plus difficile ne sera peut-être pas de trouver le pétrole, mais de trouver le chemin pour qu’il arrive à destination.
Rémy Biniou



